Litterrature

Section sénégalaise de l’AICA : Babacar Mbaye Diop élu président

En assemblée générale, le 21 mars dernier, la section sénégalaise de l’Association internationale des critiques d’art (Aica) a porté son choix sur Babacar Mbaye Diop pour assurer la présidence de ladite section. M. Diop, informe un communiqué, est docteur en Philosophie et enseignant chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad).  Aliou Ndiaye, critique d’art, journaliste culturel et Ndèye Rokhaya Guèye, professeur d’éducation artistique, critique d’art, ont été respectivement élus secrétaire général et trésorière. D’après ce document, « le travail mené par le Pr Abdou Sylla, docteur en Philosophie, ex-chercheur à l’Ifan, en tant que président de la section nationale depuis une dizaine d’années, a été unanimement salué.  Aussi, le bureau a apprécié « de façon positive » les efforts consentis par Alioune Badiane, ancien directeur des Arts et trésorier de la section, actuel président de l’Académie internationale des arts.
Lors de cette assemblée générale, les membres de l’Association ont salué l’arrivée des nouveaux adhérents dont le Dr François Ndiaye, professeur d’éducation artistique, artiste, et le Dr Malick Ndiaye de l’Ifan-Cad, chercheur en arts visuels.  L'Association internationale des critiques d'art, est une Ong créée en 1950 sous le patronage de l’Unesco dans le but de « renforcer mondialement la libre expression de la critique d’art et d’en assurer la diversité ».

Ibrahima BA


Table ronde sur le « choc des civilisations » : Des intellectuels sénégalais battent en brèche les thèses de Huntington

« Peut-on parler aujourd’hui d’un choc des civilisations » ? C’est autour de ce questionnement qu’ont débattu les éminents intellectuels Makhtar Diouf, Mamoussé Diagne et Souleymane Bachir Diagne. C’était lundi dernier à la Librairie Athéna. Les conférenciers ont réfuté les thèses de Samuel Huntington.

Il y a une vingtaine d’années, l’Américain Samuel Huntington, professeur à Harvard, publiait l’ouvrage « Le choc des civilisations », un essai d'analyse politique très controversé et qui a donné lieu à de nombreux débats. Dans cet ouvrage, il essaie d’esquisser un nouveau modèle conceptuel pour décrire le fonctionnement des relations internationales après l'effondrement du bloc soviétique à la fin des années 1980. Pour ce faire, il s'appuie sur une description géopolitique du monde fondée non plus sur des clivages idéologiques politiques, mais sur des oppositions culturelles plus floues, qu'il appelle « civilisationnelles », dans lesquelles le substrat religieux tient une place centrale. Cette thèse de Samuel Huntington a suscité, à l’époque, des réactions aussi bien positives que négatives. Vingt ans après et surtout au regard du contexte mondial actuel traversé par l’intégrisme religieux, le débat est toujours d’actualité.  
Cependant, cette situation peut-elle être considérée comme un conflit de civilisations ? A cette question, le Pr Souleymane Bachir Diagne répond par la négative. « Je réponds non, parce que l’article de Huntington qui est devenu par la suite un livre est tout simplement stupide ». Il s’exprimait lundi, lors d’une conférence sur le thème : « Peut-on parler aujourd’hui d’un choc des civilisations », organisée par la librairie Athéna. Il l’a co-animé avec Makhtar Diouf et Mamoussé Diagne, deux autres éminents intellectuels. Pour le Pr Diagne, à force de parler de choc de civilisations, cette idée finit par installer les gens dans la notion qu’ils sont en conflit. C’est ce qu’il appelle « la logique perverse de la notion de conflit de civilisations ». « Il s’agit d’installer dans l’esprit de quelqu’un, parce qu’il est de telle culture ou de telle religion, qu’il est en conflit avec une autre civilisation. Tout se fait en sorte qu’on soit en conflit avec l’autre alors que ce n’est pas le cas. Il y a une logique perverse d’identification en miroir. Tout est fait pour convaincre qu’on est agressé par l’autre camp », a-t-il argué.
Et, malheureusement, c’est dans ce sillon que s’engouffrent, selon lui, les intégristes des différents camps pour légitimer leur lutte. « Finalement, on se retrouve dans une situation où l’on ne connaît pas la nature de ce conflit car chacun est persuadé qu’il est mené par l’autre. Dès lors, on enfouit les vraies causes de ce conflit derrière des considérations métaphysiques », a souligné le Pr Diagne. Et de donner l’exemple du conflit israélo-palestinien qui, d’un conflit pour l’occupation de terre, est devenu un conflit à fort relent religieux.

« Réflexion approximative »
Poursuivant, Souleymane Bachir Diagne pense même que c’est faire trop d’honneur à Samuel Huntington que s’attarder sur son texte, lequel a montré ses limites notamment en ce qui concerne l’Afrique. En effet, selon lui, dans son premier texte, Huntington avait royalement ignoré le continent africain. Mais, face aux critiques, et prenant conscience que l’Afrique est un continent trop massif et important pour être ignoré, il a décidé de dire deux mots sur elle dans la deuxième mouture de son livre. « C’est pour montrer le caractère approximatif et confus de la réflexion de Huntington qui, sur la réflexion sur la réalité géopolitique du monde, est resté relativement superficiel », a affirmé le Pr Diagne.
Alors, devant cette situation, que faire ? Le Pr Diagne a indiqué que l’une des voies à suivre, c’est d’expliquer et refuser l’existentialisme. L’existentialisme, un terme sur lequel le Pr Mamoussé Diagne a fortement insisté lors de son intervention. Pour lui, Samuel Huntington, en avançant l’idée selon laquelle les revendications ne sont plus d’ordre économique mais d’ordre symbolique et en soutenant que la civilisation occidentale et les autres civilisations, chinoise et islamique sont inconciliables et irréductibles, ses thèses servent donc de base idéologique au terrorisme. « Le fait de poser la religion au cœur de la civilisation est discutable. La thèse de Huntington est très dangereuse en ce sens qu’elle met en conflit, consciemment ou inconsciemment, les relations internationales », a soutenu Mamoussé Diagne.
Quant au Pr Makhtar Diouf, il est revenu de long en large sur le texte de Samuel Huntington. Selon lui, ce dernier, au début, avait épousé les idées de Hegel lequel soutenait que l’Afrique était un continent sans mouvement.
Mais il s’en est vite détourné en reconnaissant qu’il n’y a pas une seule civilisation mais plutôt des civilisations. Mais, seulement, celles-ci sont en conflit. Auparavant, l’économiste a indiqué qu’il fallait remonter à 1957, avec la nationalisation du Canal de Suez par Gamal Abdel Nasser pour bien comprendre le choc des civilisations. Et cette question n’est revenue, selon lui, qu’en 1990 avec « la Rage des musulmans » de Bernard Lewis.  

Elhadji Ibrahima THIAM


«Assumons notre temps… » : Thierno S.D. Niang invite la jeunesse à développer l’Afrique

« Assumons notre temps, ma génération rêve africain », c’est un essai d’une centaine de pages que vient de publier Thierno Souleymane Diop Niang. Dans cet ouvrage préfacé par l’ancien président de la République du Sénégal, Abdou Diouf, l’auteur, juriste de formation, y sensibilise et invite la jeune génération africaine à prendre son destin en main en développant le continent.

Après la publication de son premier recueil de poèmes en 2011, Thierno Souleymane Diop Niang nous revient avec un essai de 100 pages, « Assumons notre temps, ma génération rêve africain », divisé en deux parties. Dans la première partie du livre l’auteur, en tant que jeune, conteste et condamne la situation du continent. Pour M. Niang, « la situation que l’on vit dans le continent est difficile car le chômage, les guerres, la crise économique et la pauvreté sont malheureusement une triste réalité ». Ainsi, il préconise de ne surtout pas verser dans la « victimisation ». Dans la deuxième partie, il amorce la phase de solutions où il met en exergue la culture comme point de départ et un nouveau leadership politique ».  
S’inspirant de Nelson Mandela, Cheikh Anta Diop et Léopold Sédar Senghor, M. Niang tente d’apporter des réponses aux problèmes de l’heure, à savoir comment arriver à un but quand les logiques sociales sont déstructurées ? Ainsi, il souligne que « le chemin fut long et pénible, jalonné d’épreuves multiséculaires qui ont ralenti le cap vers le développement. Mais l’Afrique renferme des ressources inépuisables pour assurer son décollage définitif ». Pour ce faire, il propose un renforcement de l’unité africaine, mais surtout un entreprenariat de la jeunesse pour faire bouger les choses car « l’heure est cruciale et impose une phase d’actions réfléchies, fédérées et constantes pour l’épanouissement des fils du continent ».

Malick GAYE (Stagiaire)


Promotion du livre : Plaidoyer pour le développement d’un véritable réseau national de la lecture publique

Le secrétaire d’Etat à la Communication, Yakham Mbaye, a présidé, hier, l’ouverture d’une rencontre de haut niveau sur la lecture publique. Elle est organisée par le ministère de la Culture et de la Communication et l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif).
« La lecture publique au Sénégal : état des lieux, défis et enjeux pour le développement », tel est le thème de la rencontre de haut niveau qui s’est ouverte hier, à Dakar. A l’initiative du ministère de la Culture et de la Communication et de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif), cette rencontre a pour objectif principal d’engager, à travers une démarche privilégiant la concertation avec l’ensemble des acteurs, une politique résolument orientée vers la promotion de la lecture et le développement d’un véritable réseau national de la lecture publique. Ce faisant, informe un document remis à la presse, il s’agira, entre autres, de mettre en place un mécanisme opérationnel de renforcement de capacités des acteurs et des professionnels du livre en charge de l’animation des bibliothèques. Il s’agira également d’analyser les dispositifs législatifs, réglementaires et administratifs en vue de leur amélioration.  
Le secrétaire d’Etat à la Communication, qui a présidé la cérémonie d’ouverture, s’est félicité de cette initiative « noble, généreuse et ambitieuse parce que tenant compte de l’enjeu important du développement de l’accès gratuit à la lecture pour l’information et la formation de nos concitoyens ».

Des livres de qualité
Yakham Mbaye  a salué l’appui de l’Oif à 17 Centres de lecture et d’animation culturelle (Clac) des régions de Thiès et Kolda ainsi que 6 bibliothèques publiques régionale. Cet accompagnement permet une meilleure prise enn charge des besoins des utilisateurs.  « Notre vision pour l’émergence doit s’exprimer et sans ambages dans ce secteur à haute valeur stratégique (…). Comme tous les pays, le Sénégal est riche de son ambition mais aussi de la qualité de ses ressources humaines », a-t-il déclaré. A l’en croire, ce sont les bibliothèques publiques, disséminées dans les centres urbains et péri-urbains, qui peuvent efficacement contribuer au développement de la créativité et à la production de connaissance…. « Au-delà du livre et de la lecture, notre perception de l’émergence suppose la mise en cohérence de tous les opérateurs concernés par les enjeux cruciaux qui font de l’industrie culturelle un sérieux levier de développement économique et social », a poursuivi le ministre.
Par ailleurs, il a relevé l’inaccessibilité  du livre au plus grand nombre. Une situation qui, selon lui, aura « forcement un impact négatif sur le développement économique et social de notre pays ». D’après M. Mbaye, le Sénégal a besoin de livres en quantité et en qualité, afin de créer un environnement lettré apte à consolider et élargir les efforts importants de l’Etat dans les secteurs de l’éducation et de la formation. Il a appelé à une implication des collectivités locales pour consolider la lecture dans leur périmètre d’intervention.
Pour sa part, Youma Fall, directrice de la Diversité et du Développement culturels de l’Oif, a indiqué que la lecture est une activité essentielle dans nos sociétés modernes. A son avis, pour « nos » pays en développement, l’accès à l’écrit, aux ouvrages, aux journaux et à l’information en général ou tout simplement aux contenus est essentiel, pour l’éducation, le développement social et l’exercice de la démocratie.
« La lecture participe ainsi à l’élévation du niveau d’instruction des populations, à l’affirmation des identités culturelles et à la promotion de la diversité culturelle », a-t-elle expliqué. Non sans rappeler les politiques de l’Oif pour la promotion de la lecture par la consolidation des Clac ainsi que le renforcement de leur ancrage dans les territoires où ils sont installés. C’est à titre, a expliqué Mme Fall, que la Francophonie a alloué des contributions pour le maintien des réseaux s’élevant à 30.000 euros par an.
Ibrahima BA

Plus d’un demi-milliard de FCfa de l’Oif pour les Clac
Dans le cadre de sa volonté d’accompagner les efforts du gouvernement du Sénégal pour la promotion de la lecture, l’Organisation internationale de la Francophonie envisage d’injecter 700.000 d’euros, soit plus d’un demi-milliard de FCfa d’ici les quatre prochaines années. Il s’agit, selon Youma Fall, de faire face aux difficultés de fonctionnement que rencontrent ces centres. Ce faisant, a-t-elle fait comprendre, cela « nous oblige cependant à un effort de réflexion afin d’envisager une nouvelle génération de Clac, inscrite dans une large vision de politique de lecture publique ».
Pour la directrice de la Diversité culturelle de l’Oif, la politique de lecture publique ne saurait relever de la seule responsabilité du département ministériel en charge de la Culture. C’est dans ce sens qu’elle a souligné que le partenariat actuel qui associe les collectivités locales, le ministère de la Culture et certains organismes de la coopération internationale comme la Francophonie devrait être repensé dans une nouvelle logique de partage de responsabilité et qui associerait d’autres départements ministériels et partenaires.
Youma Fall, a appelé, entre autres, à  la prise en compte réelle de la dimension livre et lecture dans les politiques de territorialisation de l’offre de service public, à   l’élaboration d’un plan national de réhabilitation des bibliothèques et des centres de lecture en veillant également à assurer le bon fonctionnement de bibliothèques dans chaque établissement scolaire et universitaire, mais également, à la résolution de la problématique du renouvellement des dotations en livres et équipements des bibliothèques et celle du recrutement et de la prise en charge de bibliothécaires pour l’animation et le bon fonctionnement du réseau.

Nécessité d’adopter la loi sur le livre
Introduisant la conférence inaugurale de la rencontre aux côtés de Moussa Daff, Professeur de lettres à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Mariétou Diop Diongue, ancienne directrice du Livre et de la Lecture, a plaidé pour l’adoption par l’Assemblée nationale du projet de loi sur le livre. Mais aussi, dans le même temps, la mise en place du Conseil national du livre. Mme Diongue a aussi appelé à la tenue des Assises nationales sur la lecture publique à la lumière de l’Acte 3 de la décentralisation.  « Avec l’Acte 3 de la décentralisation, le Sénégal entre dans une nouvelle ère de gouvernance publique, dévolue aux départements et communes. Il s’agit, pour les autorités, de rompre avec les clivages urbain-rural et de bâtir le développement territorial équitable et durable à partir des atouts, potentialités et opportunités de chaque territoire… », a-t-elle laissé entendre. Selon Mariétou Diop Diongue, le problème majeur de la lecture publique, c’est l’absence d’articulation entre les différents sous-secteurs du livre. Egalement, les conditions d’émergence de nouveaux auteurs pour produire les textes ne sont pas créées. A cela, s’ajoute, de son point de vue, l’absence d’un réseau de distribution et de diffusion des ouvrages produits et une politique d’incitation à la lecture et au renforcement des capacités en lecture.
De son côté, Moussa Daff a insisté sur la nécessité de former de futurs écrivains pour assurer la relève ainsi que la création d’une grande faculté pour l’industrie culturelle. « Il faudrait que le Sénégal puisse développer le livre en langue française mais aussi en langues nationales », a-t-il avancé, invitant à la valorisation du patrimoine oral. Dans le même ordre d’idées, M. Daff a exhorté, dans le cadre de la lecture publique, à penser à un livre public pour les personnes malentendantes, les handicapés. « On a besoin de faire du livre un vecteur de la conscience citoyenne si on veut entrer dans l’émergence », a-t-il fait comprendre, précisant qu’il n’y a pas une éducation de qualité sans des livres de qualité.

I. BA


Pape Samba Kane, journaliste et écrivain : « Une des quêtes de "Sabaru Jinne" est d’intriguer… »

Les récits qui s’enchevêtrent pour donner la trame de « Sabaru Jinne » ont cours, pour l’essentiel, dans une chambre fermée de la Médina. Le contraste est saisissant à l’heure de l’Internet, ce « réseau des réseaux » qui enjambent les frontières sur un air de globalisation. Le pari esthétique relève d’une écriture en folie, une sorte de voyage dans l’imaginaire des figures réels ou relevant de la construction romanesque. Là, résonnent « Les tam-tams du diable » (et non plus « Les tambours du diable » pour une clause personnelle de non-concurrence conceptuelle avec une structure étrangère). C’est une intrigue qui coule au rythme des notes incisives dont le destin est de déchirer les silences coupables. Et au-delà du texte à paraître cette semaine, Pape Samba Kane jette un regard lucide sur la qualité des lettres sénégalaises, de la thématique à l’écriture en passant par l’édition.

Pourquoi le titre « Sabaru Jinne » ou « Les tam-tams du diable » pour votre roman ?
En fait, si cela ne tenait qu’à moi, le titre de ce roman serait tout simplement, et seulement, « Sabaru Jinne » ; cela se fait bien en littérature. L’universalité de la littérature appelle cela, qui s’impose même parfois, vu que la traduction est quelquefois un exercice impossible, souvent traître, comme on dit. Ce choix qui a finalement prévalu, de mettre « tam-tams » à la place de « tambours », s’imposait pour mille raisons dont la première est que tout le monde pense à la traduction en voyant la proximité des titres en wolof et en français ; or traduction pour traduction, tam-tams sied mieux à « sabar » ; une autre raison m’a paru extrêmement importante, vu que le monde est globalisé grâce à Internet, il existe une troupe de percussionnistes japonais, en même temps école de danse, qui s’appelle « Les tambours du diable ».

Quelle place occupent l’accent énigmatique et l’aspect incitatif dans la formulation d’un tel titre ?
Il y a plusieurs fonctions dans un titre, dont la première est d’informer sur le sujet traité ; et aussi, de multiples quêtes dans la formulation d’un titre par l’auteur d’un texte quel qu’il soit. On peut vouloir étonner, choquer, intriguer, amuser, le but étant d’intéresser ; ce que vous appelez « l’aspect incitatif » est aux premiers rangs dans les préoccupations de l’auteur et de l’éditeur quant au choix du titre d’un ouvrage. Pour ce qui est du caractère énigmatique de ce titre, « Sabaru Jinne », il était inévitable dès lors que nous avions choisi de titrer en wolof un roman écrit en français. Mais, c’est manifeste qu’il y a, dans ce choix, une des quêtes énumérées tantôt, celle d’« intriguer »…

Pourquoi le choix du wolof en premier plan ?
Pour être plus explicite, c’est un choix éditorial qui repose sur le fait, d’abord, qu’en tant qu’auteur, j’estime qu’un lecteur doit accepter un certain effort d’appropriation de la culture de l’écrivain qu’il aborde.
Les séances de tam-tams revêtent un symbole festif et une fonction rituelle : lequel de ces deux aspects porte votre projet littéraire ?
Le tam-tam (le sabar, pour dire séance de tam-tam), ni dans son caractère festif, ni dans sa fonction rituelle, sur lesquels le roman roule entre autres, notamment ces danses qui l’accompagnent, n’occupe pas tout le roman.

Par extension, il y a une société qui délire, dans ses dimensions politique et sociale. Est-ce le cas ?
L’objet du roman est tout autre chose que ces délires de la société portés par ces séances de tam-tam ou leurs dimensions politique et sociale. Même s’il ne les ignore pas, le roman les survole d’assez haut. Et dans une approche allégorique, quelque peu humoristique…  

Parlez-nous de la thématique et des personnages.
Parler d’une thématique m’apparaît, pour ce roman, comme un exercice à risque. Dans l’interview qu’il vous a accordée, mon éditeur, Amadou Lamine Sall, parle « des thématiques », plutôt que de « LA thématique » de « Sabaru Jinne », et il a raison ; il ajoutera qu’un des membres du comité de lecture des « Editions Feu de brousse » qualifie cette œuvre de « Roman dans le roman, roman à tiroir, roman psychologique », historique, etc. ; une demi-douzaine de propositions. Je puis attester que pour « roman dans le roman », tout lecteur partagera immédiatement son avis.
Il n’y a pas une thématique, mais plusieurs qui s’imbriquent et se confondent parfois ; cependant, il y a bien une intrigue, ma foi, fort simple : il s’agit d’un jeune aspirant écrivain, Massata, qui porte des projets pour la plupart inachevés, mais qui, surtout, porte des rêves et ambitions d’artistes contrariés par une sorte de chantage affectif qui le plonge dans un doute profond quant à son avenir et au devenir de sa grand-mère dont la maison où elle souhaite finir ses jours est menacée de bradage aux marchands de sommeil…

Dites-nous en plus, quand-même…
Les trois quarts du roman se déroulent dans une chambre fermée, la nuit, dans le quartier de la Médina, au milieu des années 1980, avec pour seul protagoniste, ce jeune homme confronté à ses écrits qui le ballotent entre ses espoirs « d’étreintes homériques avec la littérature » et son désespoir de devoir renoncer à ce rêve, « pour rentrer dans les rangs ». Ce sont les mots de son oncle, presque un père pour lui, qui estime ses rêves « arrogants » au regard du milieu social dont Massata est issu. Tout au long de cette nuit, à travers ses écrits et ses souvenirs (ces derniers alimentés ou éveillés par les premiers), il voyage avec son lecteur dans les livres qu’il a lus, dans son enfance à Saint-Louis, et dans le Dakar des années 1960-1980 qui l’a vu grandir et se confronter à des mythes et des rites, et à des personnages hors normes : des fous déambulant dans les rues, le cimetière, les plages ; de grands écrivains et artistes ; des danseurs et danseuses légendaires de « sabar » ; des femmes et des hommes des plus ordinaires aux plus atypiques, ainsi qu’à des milieux interlopes, entre drogués oisifs et voyous violents. Une galerie de portraits où l’on rencontre des personnages réels, historiques ou contemporains…
A l’aube de cette nuit charnière dans sa vie, il décide d’aller jeter la malle en bois contenant ses écrits à la mer, sur la plage de Kusum. Là, il tombe d’un promontoire et s’évanouit. Il se réveillera 28 ans après…  Le quart restant du roman court à partir de là….

Quand avez-vous écrit vos premiers textes littéraires ?
A dire vrai, je ne m’en souviens pas très précisément. Je peux seulement dire que j’ai commencé par écrire de la poésie, mais dans une sorte de contrition, de pénitence devant tous les poètes du monde ; comme si j’étais coupable de blasphème, tant écrire de la poésie me donnait l’impression d’être cette grenouille qui voulait être aussi grosse qu’un bœuf. Et puis j’ai fait des nouvelles, aux débuts et milieu des années 1980, dont une a été publiée en Italie dans « Frigidaire », un mensuel d’obédience anarchiste, traduite sous le titre « Una rete a maglie strete », traduction littérale, je crois, de son titre originel : « Un filet aux mailles serrées ».

La littérature générale est-elle une option définitive pour vous ?
Définitive ? Je n’en sais rien. Je ne suis pas un forcené de la planification. Je ne me forcerai à rien. Tous les matins, c’est peut-être mon côté utopiste, je me réveille en imaginant que quelque chose de nouveau est possible dans ma vie…

Comment Pape Samba Kane situe-t-il son texte par rapport à la production littéraire assez polémique, relativement à sa qualité, ces derniers temps ?
« J’eusse aimé que cette polémique portât sur les choix esthétiques de tous types, sur même les options thématiques ou autres, mais jamais sur la qualité de l’écriture chez les romanciers. Nous sommes quand-même au pays de Senghor ! Et nous avons, en littérature, de qui tenir. Pour ne pas remonter loin dans le temps, d’Abdou Anta Kâ, à Cheikh Aliou Ndaw, en passant par Aminata Sow Fall - et que dire de Cheikh Hamidou Kane !-. Tout dernièrement, les éditions Jimsaan nous ont proposé une réédition de « La Plaie » de Malick Fall, écrit au milieu des années 1960 et qui a réveillé des enthousiasmes chez les critiques comme au sein du public. Dans notre pays, ont été écrits des romans inoubliables comme « Les Routiers de Chimère » d’Ibrahima Sall, « Une si longue lettre » de Mariama Bâ et quelques autres dont le très enlevé « Ramata », un thriller, d’Abasse Ndione.  Je ne peux tous les citer…
Il me faut donc, alors que je pose à peine ma première grande fiction sur la table, rester humble et modérer mes observations. En sus, parmi les plus jeunes, chez les bons comme les moins bons, j’ai des amis, et je veux éviter les controverses inutiles. Seulement, personne ne peut se cacher derrière son petit doigt face à la problématique soulevée, qui est la qualité de plus en plus déplorable de l’écriture romanesque chez nous ; si l’on n’y prend garde, elle atteindra bientôt, si l’on n’y est pas déjà, le niveau plus que médiocre d’une certaine écriture journalistique auquel j’ai consacré un essai critique (« Les Ecrits d’Augias », Les Editions Polygone, 190 pages ; Ndlr).
Un écrivain et éditeur que nous connaissons tous a pu dire que « Dans ce pays, il y a des écrivains qui ne sont pas encore tout à fait sûrs que quand deux verbes se suivent le second se met à l’infinitif », sans que personne ne croit qu’il plaisantait ; c’est dire ! Il y a donc certainement urgence à faire quelque chose pour arrêter ça ; nous le devons aux devanciers dans cette matière, nous le devons au rayonnement de notre pays. Nous le devons surtout à nos enfants, tant que le français occupera la place qu’elle occupe dans nos institutions.
Ça doit passer par le bannissement de l’édition à compte d’auteur qui fait publier n’importe quoi en le labellisant « Littérature », et cette autoédition (Amadou Lamine Sall le déplore avec tristesse dans l’interview qu’il vous a accordée) complètement galvaudée et pervertie chez nous par une compétition malsaine basée sur un précepte bizarre… folklorique même, tant que je vais le dire en wolof : « Ku ma publiye wul, ma publiye sama bopp ». Ce n’est pas sain.
Si l’écriture est un exercice solitaire, l’édition est un lieu de partage avant d’être un lieu de passage, frontière qu’il faut avoir le courage d’aborder avec, pour seul document de voyage, un texte, le mieux fait possible. Le partage commence alors avec l’éditeur qui rend le passage plus facile et offre une légitimité inattaquable. Je parle d’un éditeur sérieux, bien évidemment, qui connaît son métier, aime les livres et ceux qui les écrivent. »

Continuité ou rupture : comment Pape Samba Kane définit cette œuvre, « Sabaru Jinne », surtout son style, par rapport à sa renommée de portraitiste, d’éditorialiste (une fonction proche de l’essai sur la Presse) et d’auteur de textes d’investigation (les casinos, par exemple) ?
« L’écriture journalistique est différente de l’écriture romanesque, mais les liens entre journalisme et littérature sont, pourrait-on dire, congénitales. Dès sa naissance, au 17ème siècle, à côté de ceux qu’on appelait les « nouvellistes », professionnels de l’information de l’époque, la presse a accueilli des écrivains, la plupart fascinés par l’immédiateté et la largesse de la diffusion des nouvelles et des idées que le journal permettait. L’un des textes journalistiques les plus célèbres de l’histoire est l’œuvre d’un écrivain ; c’est le « J’accuse » d’Emile Zola. Cependant, votre préoccupation quant au style demeure pertinente.
Si l’exigence de la concision par exemple est, en journalisme, comme une camisole de force, en littérature où elle reste néanmoins un idéal, elle est moins étouffante. Montesquieu a résumé l’esthétique de la concision de façon judicieuse : « Pour bien écrire, il faut sauter les idées intermédiaires ; assez pour ne pas être ennuyeux ; pas trop, de peur de ne pas être entendu ». J’aime ce précepte auquel j’ai toujours essayé de me soumettre en journalisme, mais, première rupture, je me suis refusé de le respecter avec « Sabaru Jinne », un roman.

Propos recueillis par Habib Demba FALL


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