Litterrature

Grands Héros de l’AFRIQUE : Amilcar Cabral rappelé à la mémoire collective

Le Bureau régional de l’Unesco à Dakar œuvre pour que l’Afrique ne perde pas la mémoire collective de ses héros. L’institution a lancé, hier matin, une campagne internationale de collecte d’objets, de photos, d’archives et de témoignages sur Amilcar Cabral.
 Amilcar Cabral est l’un des plus grands révolutionnaires d’Afrique, mais il reste méconnu. C’est tous le sens de la campagne internationale de collecte d’objets, photos, archives et témoignages sur lui. Elle a été lancée, hier, par l’ancien directeur général de l’Unesco, Amadou Makhtar Mbow. L’initiative du Bureau régional de Dakar de l’institution onusienne s’inscrit dans un devoir de mémoire et de reconnaissance pour cette grande figure d’Afrique. L’intérêt historique de cette campagne internationale est manifeste. Selon le secrétaire général du ministère de la Culture, Pape Massène Sène, il s’agit, de véhiculer le symbolisme de son message qui repose essentiellement sur son combat pour la liberté de l’homme.
La vocation transfrontalière de son parti, le Paigc, a été mise en exergue avec cette quête absolue de l’unité africaine. Amilcar Cabral était un militant de la transmission des valeurs, du savoir, a défendu Pape Massène Sène. Selon lui, l’important était de prendre son destin en main en formant et en éduquant son peuple. C’est ce qui fait la pertinence de ce projet fédérateur de l’Unesco qui, sous la direction de M. Dieng, a abouti à la réfection et restauration de la maison de Amilcar Cabral. Avec des portes, fenêtres, plafonds, murs refaits, la maison-musée accueille une exposition permanente qui retrace la vie et l’œuvre de Cabral.
Au travers de cette entreprise, « l’Unesco contribue à revisiter l’histoire de la Guinée Bissau tout en promouvant le tourisme de mémoire », a soutenu M. Dieng.  
 Sur cette lancée, il a listé les prochaines étapes du projet. Ce sont, entre autres, la réalisation d’un film documentaire avec Flora Gomes, un musée de la lutte pour la libération nationale, un mémorial des combattants. Il s’agira également de procéder à l’inventaire et à la numérisation des documents et archives sur Cabral. L’enjeu principal est d’œuvrer pour que l’Afrique ne perde pas la mémoire collective de ses héros, estime M. Dieng.

Révolutionnaire multidimensionnel
Dans un document vidéo de l’Institut national de l’audiovisuel de la France, Amilcar Cabral justifie son engagement. « (…) On lutte pour l’indépendance, pour avoir une vie meilleure (…) ». L’illustre révolutionnaire est présenté comme multidimensionnel. Théoricien, praticien, homme de terrain, diplomate et homme d’action, il se distingue par une maîtrise de la culture et des réalités africaines. Sa formation en agronomie lui permet de mettre son action révolutionnaire en adéquation avec les aspirations réelles des populations. C’est tout le sens de l’appel de l’ancien directeur général de l’Unesco, Amadou Makhtar Mbow. Selon lui, Cabral a laissé un legs au-delà de l’indépendance. Mbow en appelle à la collecte des vieux journaux, photographies, objets qui pourront témoigner sur Cabral qui a vécu au Sénégal. Amadou Makhtar Mbow suggère de faire de Bafata (la maison natale de Cabral) un Centre de documentation en y rassemblant tous les écrits, déclarations sur Cabral afin que les jeunes générations puissent assumer leur responsabilité historique. Pour l’ancien directeur de l’Unesco, cela signifie que ces jeunes réfléchissent par et pour eux-mêmes en éliminant les aliénations culturelles.  « Il nous faut assumer l’avenir sans haine pour vivre dans un monde de paix, de progrès », a lancé Amadou Makhtar Mbow.
Le Bureau de l’Unesco à Dakar, en collaboration avec la Commission nationale de Guinée Bissau pour l’Unesco, a restauré en 2011 Bafata, en Guinée Bissau. Le 20 janvier 2013, cette maison fût inaugurée comme musée par le président de la République de Guinée Bissau, Serifo Nhamadjo.

E. Massiga FAYE


Vies d’Africains au Senegal : Dakar, terre de transit des âmes en errance

A travers sa thèse : « Journaux d’errance : histoires de mouvement d’Africains à Dakar », le Pr Jonathan Echeverri Zuluaga de l’université Antioquia de Medellin, en Colombie, raconte les expériences de vie au quotidien d’Africains qui nourrissent l’espoir de s’envoler vers l’ Occident. Certains d’entre eux, faute d’y arriver, se résignent à rester.  
Ils sont Ghanéens, Libériens, Guinéens, Ethiopiens, Soudanais, Camerounais, Rwandais, Sierra-léonais et Nigérians, vivant à Dakar et nourrissant l’espoir de s’envoler dans d’autres cieux, à partir de la capitale sénégalaise ; dans ces contrées où les gratte-ciel tutoient le ciel, là-bas en Europe ou en Amérique. En attendant que leur rêve se réalise, ces Africains vivotent à Dakar, chacun à sa manière. C’est la somme des expériences au quotidien de « ces âmes en errance » que le Professeur Jonathan Echeverri Zuluaga a compilée et qui fait l’objet de sa thèse intitulé : « Journaux d’errance : histoires de mouvement d’Africains à Dakar ».
Pendant les 14 mois passés à Dakar, le jeune chercheur colombien, enseignant en Anthropologie sociale au Département d’anthropologie de l’université d’Antioquia de Medellin, a ainsi eu des conversations informelles avec 36 personnes de nationalités différentes et interagi pendant un an avec 14 autres personnes. Au bout du compte, cette recherche débutée en septembre 2009 a donné un document de 145 pages et constitué de 5 chapitres. Ils se structurent ainsi : Dakar, un carrefour ?, réalité et fiction, comment on bouge quand on est bloqué, la vie en marge des institutions, l’avenir et les aspirations.
Pourquoi s’arrêter à Dakar ? C’est la question centrale de cette recherche et la trame de cette thèse. A cette question, la première réponse lâchée par les interlocuteurs du Pr Jonathan Echeverri Zuluaga renvoie à la stabilité politique du Sénégal. Ensuite, viennent, pêle-mêle, le taux d’expulsion très faibles d’étrangers en comparaison aux autres pays de la région, la situation géographique de Dakar qui permet de rallier le nord du continent par voie terrestre, la forte concentration de représentations diplomatiques et de la coopération internationale. Pour ces ressortissants d’autres pays africains dont certains ont été refoulés du Maghreb, ils sont donc à Dakar en quête d’asile ou de visa. « J’ai passé beaucoup de temps avec ces gens-là, qui, le plus souvent, sont issus de milieux sociaux modestes. Je les ai aidés dans des activités spécifiques comme dans l’écriture de romans pour deux d’entre eux, la rédaction de Cv, de lettres pour le système aux réfugiés, de petites annonces pour chercher du travail, dans la recherche de possibles destinations », souligne le Pr Zuluaga.
A propos de travail, « ces âmes en errance » s’occupent par de petits boulots, aucun d’entre eux n’ayant des activités régulières. Certains n’ont jamais rien dit à propos de leurs activités au Sénégal. « Il y en a qui étaient peu prolixe sur leurs activités au Sénégal, surtout les Nigérians. Je n’ai pas essayé d’en savoir plus », ajoute le chercheur colombien.
Dans un pays où l’on aime à déclamer l’esprit de la Teranga, ces chercheurs d’eldorado sont tout de même victimes de méfiance, plus que de rejet de la part des Sénégalais. Cette méfiance est encore beaucoup plus prégnante envers les anglophones comme les Nigérians qui traînent une réputation de grands cybercriminels.
De retour à Dakar, deux ans après son dernier séjour, le Pr Jonathan Echeverri Zuluaga a retrouvé certains de ses interlocuteurs qui vivent toujours à Dakar. Quatre d’entre eux seulement ont pu décrocher le Graal et embarquer vers l’Europe. « Pour le reste, ils sont encore ici. Ils semblent même s’être résignés à y rester pour de bon. Ils se sont complètement intégrés comme cette famille tchadienne où tout le monde parle couramment le Wolof », fait-il savoir.
A défaut de l’Europe et de l’Amérique, on se contente souvent de Dakar.

Elhadji Ibrahima THIAM


Littérature : Le romancier marocain Fouad Laroui remporte le Goncourt 2013 de la nouvelle

AGADIR (Maroc) : Le romancier et essayiste marocain, Fouad Laroui, a remporté le prestigieux Prix de l’Académie Goncourt de la nouvelle pour « L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine », publié aux éditions Julliard en 2012.

Le romancier et essayiste marocain Fouad Laroui est la grande vedette du Symposium de l’innovation et de la technologie des industries des phosphate qui se tient à Agadir dans le Sud-ouest du Royaume chérifien. Cet ancien ingénieur des ponts, chaussées et mines de l’Office chérifien des phosphates (Ocp) a déclaré avoir accueilli ce prestigieux Prix Goncourt avec beaucoup de plaisir. « Rares sont les écrivains du continent africain à être consacré pour ce prestigieux Prix de l’espace francophone, d’où ma grande satisfaction », a souligné l’écrivain marocain. Interrogé sur la transition qu’il a eue de l’industrie des mines à la littérature, Fouad Laroui a expliqué : « Comme beaucoup de scientifiques, j’ai toujours eu la fibre littéraire ». Pour lui, les approches peuvent différer, mais qu’il est permis de rêver, de chanter, d’écouter la musique.
Sur son parcours, il a rappelé avoir suivi des études au lycée français de Casablanca avant de rejoindre la France où il a été reçu à l’Ecole des ponts et chaussées, puis à celle des ingénieurs des mines, avant de revenir au pays pour travailler pendant cinq ans à l’Ocp, la plus grande industrie des phosphates sur le continent africain. Par la suite, le lauréat du Prix Goncourt qui enseigne aujourd’hui la littérature aux Pays-Bas, a repris de hautes études en Europe.
Sur le message à l’endroit des jeunes écrivains africains, il a lancé : « il faut croire en soi, développer toutes les passions, dénicher le talent et s’essayer à tout pour découvrir plus ».
Rappelons que ce Prix a été décerné mardi dernier, à l’issue du vote des membres du jury, appelés à départager les quatre candidats en lice, qui étaient, outre Fouad Laroui, Frank Courtès « Autorisation de pratiquer la course à pied » (Jc Lattès), « Blandine Le Callet, Dix rêves de pierre » (Stock) et Mathieu Rémy, « Camaraderie » (L’Olivier).

 «L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine»
Avec ce Prix, M. Laroui rejoint deux autres écrivains marocains lauréats du Prix Goncourt tel que Tahar Benjelloun, Goncourt du Roman en 1987 et membre de l’Académie Goncourt, et Abdelatif Laabi, Goncourt de la Poésie (2009).
« L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine » est un recueil de nouvelles dont la principale raconte l’histoire « burlesque » d’un jeune fonctionnaire marocain venu à Bruxelles pour acheter au meilleur prix du blé européen dont le Maroc a grand besoin.
« La métaphore est saisissante. Nous vivons une époque déraisonnable ou l’image mal interprétée des choses prend immanquablement le pas sur l’implacable réalité qui nous conditionne et que personne ne veut voir », a écrit l’auteur dans la présentation de l’ouvrage.
Né en 1958 à Oujda, Fouad Laroui est économiste et écrivain. Après des études à l’Ecole nationale des ponts et chaussées en France, il travaille comme ingénieur à l’Ocp à Khouribga, avant de retourner en Europe, à Cambridge et à York (Royaume Uni) où il obtient un doctorat en sciences économiques.
Cet enseignant aux Pays-Bas se consacre également à l’écriture et commence une carrière littéraire en 1996 avec « Les Dents du topographe » (Julliard, 1996) pour lequel il obtient le Prix Découverte Albert Camus.
Romancier de langue française, poète de langue néerlandaise, journaliste et critique littéraire, Fouad Laroui court le monde avec sa vaste culture. Il compte à son actif une quinzaine de publications, pour la plupart des nouvelles, dont « La Meilleure Façon d’attraper les choses » (Yomad, 2001), Prix Grand Atlas 2005, « Le jour où Malika ne s’est pas mariée » (Julliard, 2009) et « Une année chez les Français » (Julliard, 2010), un roman qui a été retenu parmi la première sélection du prix Goncourt 2010. Il a également animé la télévision du 2e Symposium d’Agadir qui prend fin aujourd’hui.           

De notre envoyé spécial El hadji Abdoulaye THIAM                              


Littérature : Le Marocain Fouad Laroui remporte le Prix Goncourt de la nouvelle

AGADIR (Maroc) : Le romancier et essayiste marocain Fouad Laroui, Maître de cérémonie lors de l’ouverture du 2ème Symposium de l’innovation et de la technologie des industries des phosphates (Sympos), a remporté, mardi, le prestigieux Prix de l’Académie Goncourt de la nouvelle avec « L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine », publié aux éditions Julliard en 2012. Ancien ingénieur des ponts, chaussées et mines de l’Office chérifien des phosphates (Ocp).  Fouad Laroui a su faire la transition entre    l’industrie des mines et la littérature.
(Nous reviendrons demain sur l'article de notre envoyé spécial  El Hadj Abdoulaye Thiam)


SIDY SECK, DIRECTEUR GENERAL DES MSAD : « Aller vers la diversification des produits »

Le directeur général des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs, Sidy Seck, mise sur la diversification des produits avec plus de performances commerciales pour l’établissement.

Qu’est-ce qui motive l’organisation d’une exposition des Msad à l’occasion du prochain Sommet de la Francophonie au Sénégal ?
«Nous avons un coup de chance avec le fait que le Sénégal soit désigné pour organiser le prochain Sommet de la Francophonie. Nous sommes déjà sur la francophonie. Le concours a été organisé avant que le Sénégal soit désigné. On s’est dit qu’il ne fallait pas se limiter au seul concours car la tenue de ce Sommet est une grande opportunité pour les Msad. Le concours est soutenu par l’Oif, l’Uemoa. Je me suis dit, on reste dans la foulée de cette initiative. Les deux œuvres primées, celles de Mohamed Ndir et Seyni Gadiaga, vont être tissées ici dans les ateliers. Et on s’est dit qu’on va créer un événement autour de ces deux œuvres primées. Maintenant, à la base de ces deux pièces, nous allons créer 33 autres avec de nouvelles maquettes qui sont en train d’être tissées. Ce sera pour 2014. Au-delà de l’accompagnement institutionnel, nous avons également une autonomie dans le management de nos produits. C’est pourquoi j’envisage d’aller vers Diamniadio et de rencontrer les autorités locales et de leur proposer un protocole de partenariat entre les Msad et Diamniadio qui est retenu pour abriter le centre des conférences du Sommet. Notre souhait est d’y organiser l’exposition qui donnera aux Msad plus de visibilité.»

Vous avez opté pour la diversification de vos produits en lançant des tapis de prière…
«Pendant plusieurs années, les Msad ne produisent que de la tapisserie. J’ai trouvé le tapis de sol mais il n’était pas mis en marché. On produisait, on stockait ici pendant plus de 20 ans. Si on lit de très près les textes qui régissent les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs, il est demandé d’aller vers la diversification des produits. C’est dans la mise en pratique des textes que j’ai invité le personnel à aller vers cette diversification. Maintenant, quand on diversifie, on cible les produits qui sont susceptibles de prospérer dans le marché et nous permettent de réaliser des performances commerciales. Nous sommes dans un pays où il y a 96% de musulmans. Le besoin en tapis de prière est incommensurable. Le marché potentiel est là. Que ce soit dans les maisons ou dans les mosquées. Maintenant, ce n’est pas parce qu’il y a un marché potentiel qu’il faut vendre. Il faut faire un travail de marketing, de promotion, de communication. Ici, nous avons une équipe de jeunes filles formées au marketing, à l’action commerciale et à la communication. Elles sont chargées d’aller dans le Sénégal des profondeurs pour présenter et vanter le produit. Nous avons deux gammes : des tapis faits avec de la laine provenant de la Belgique et des tapis avec la laine que l’on appelle acrylique. Cela nous permet de réduire les coûts de production»

Quels sont les autres aspects de cette politique de diversification ?
«Dans le cadre de cette nouvelle série, il n’y a pas que les tapis de prière. Il y a de cela deux semaines, nous avons organisé un workshop d’une semaine qui a réuni des forgerons, designers, sérigraphes, peintres cartonniers, céramistes plus des liciers de chez nous. Le projet, qui va durer trois ans, est soutenu par la coopération Wallonie-Bruxelles. Il consiste à faire converger les différents regards des corps de métier pour déboucher sur de nouveaux produits mixes. C'est-à-dire un produit où l’on voit de la tapisserie, du bois, du fer. Toujours dans cette politique de diversification, nous sommes en train d’explorer une autre façon de faire la tapisserie. Dans la pratique, cela nous permet de les encadrer avec de l’aluminium comme on fait avec les tableaux de peinture.»
 

Propos recueillis par E. M. FAYE


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