L'invité de la rédaction

Abdoulatif Coulibaly, ministre de la Promotion de la Bonne gouvernance et Porte-parole du gouvernement: « Le Code des marchés ne doit pas bloquer la conduite de l’action publique »

Abdou L Coulibaly Invit redacLe ministre en charge de la Promotion de la Bonne gouvernance et des Relations avec les institutions, par ailleurs Porte-parole du gouvernement, Abdou Latif Coulibaly, est revenu, dans cet entretien, sur l’esprit qui a prévalu à la création de son département ministériel et sa mission dans l’appareil d’Etat.  Invité de la Rédaction, le ministre a été accueilli par le Directeur général du "Soleil", Cheikh Thiam, et le Coordonnateur général des Rédactions Ibrahima Mbodj. Il a aussi abordé les actions que le gouvernement du Sénégal est en train de mener pour que la bonne gouvernance soit érigée en règle dans la conduite de l’action publique. Il a, par ailleurs, abordé les réformes futures envisagées par le gouvernement du Sénégal pour plus d’efficience dans l’action publique.

M. Le ministre, quel est le rôle du ministère en charge de la Promotion de la Bonne gouvernance au sein du gouvernement?
Ce département ministériel est rare. Il n’en existe que deux en Afrique : au Botswana et en Afrique du Sud.  Les questions de gouvernance n’ont jamais été des préoccupations majeures formelles, pour les gouvernements. Même si par ailleurs, on avait souvent le pacte de l’efficience et de l’efficacité gouvernementale et des structures qui lui sont rattachées, il n’a jamais été envisagé, que l’on pouvait passer d’un concept à une institutionnalisation, en faisant de la bonne gouvernance une institution d’Etat.  C’est ce que le président de la République a fait aujourd’hui. Il y a d’abord un fondement constitutionnel,  parce que la constitution du Sénégal de 2001, affirme le principe clair que le gouvernement du Sénégal et le peuple sénégalais, ont fait le choix de la bonne gouvernance dans la  conduite des affaires publiques de façon vertueuse. Il y a également des fondements politiques.  Quand le président de la République a quitté le Parti démocratique sénégalais (Pds), le 1er décembre 2008,  il a pris l’engagement, qu’au cas où il arriverait au pouvoir, il ferait  de la gouvernance vertueuse, un axe fondamental de sa politique.

La question n’a pas concerné seulement le Sénégal. Tous les Etats africains, ont fait face, dans la conduite de leur politique, à des questions liées à la bonne gouvernance. La gestion vertueuse  a une connotation éthique et morale, mais au-delà, a une connotation d’efficacité et d’efficience. Efficacité : il faut atteindre les objectifs assignés au secteur public. Efficience : il faut dépenser moins d’argent et obtenir le plus grand nombre de résultats. Depuis 1996, cette option a été clairement signifiée par le président de la République, Abdou Diouf qui disait, à l’époque, « moins d’Etat et mieux d’Etat ».

Cette formule apparemment lapidaire, avait une signification majeure, du point de vue des changements des mentalités et des nouvelles perspectives, dans la conduite des politiques publiques. Le président Abdou Diouf l’avait expérimenté à l’époque. J’étais membre de la commission mise en place chargée de réfléchir sur ces questions pour déterminer une nouvelle politique de la gouvernance au Sénégal.

Malheureusement, les conclusions qui ont été arrêtées après les travaux, n’ont jamais été appliquées par le pouvoir qui est venu après les socialistes. Ce n’est pas une critique, c’est un constat.

Ensuite, le président de la République, Abdoulaye Wade a, lui-même, engagé la même politique de gouvernance à travers ce qu’il a appelé le Programme National de Bonne gouvernance au Sénégal (Pnbg), qui a donné naissance à un important programme de mise en œuvre de nouvelles politiques de gouvernance  à la fois dans l’administration et dans le secteur privé. Le président de la République, Macky Sall,  quand il est arrivé, a non seulement mis en place le ministère en charge de la Promotion de la bonne gouvernance, mais aussi, a posé des actions concrètes. Il est en train de faire en sorte que, ce qui se disait théoriquement, soit matérialisé concrètement.

Quels sont les actes posés allant dans le sens de la promotion de la bonne gouvernance ?
D’abord, l’annonce de la réduction du mandant de deux ans fait partie de ces actes. C’est une façon de crédibiliser davantage la démocratie sénégalaise, de la rendre plus vivante, plus ouverte et plus adaptée aux réalités, que nous vivons actuellement. Il faut également souligner la déclaration de patrimoine du président de la République. Nous avons supprimé beaucoup d’agences et de directions dans le souci de rendre beaucoup plus efficace et efficiente l’administration publique, à la fois dans la structuration, dans la composition et dans la mise en place des entités qui doivent conduire les politiques publiques.

L’audit physique de la Fonction publique et la réforme fiscale  constituent également des actes de bonne gouvernance au sein de l’Etat. Nous avons aussi  rationnalisé les lignes téléphoniques et limité le train de vie de l’Etat. Le ministère que je gère a la responsabilité de promouvoir  tous les actes de bonne gouvernance et également, au besoin,  de dénoncer, auprès de qui de droit, les mauvaises  orientations mais surtout de faire de l’éducation de masse, en vue de favoriser les comportements de bonne gouvernance et surtout de renforcer les capacités citoyennes pour que la bonne gouvernance soit une question prise en charge par les citoyens.

Sur quoi allez-vous vous fonder pour dérouler la stratégie  qui favorise la promotion de la bonne gouvernance ?
Abdou L Coulibaly Invit redac 2Une stratégie de bonne gouvernance a été adoptée le 11 juillet 2013 par le Conseil des ministres.  Cette stratégie est composée de sept axes : l’intégrité publique, le renforcement et l’indépendance de la justice, l’efficacité dans l’administration de la justice, dans  les secteurs stratégiques de l’éducation et de la santé, des mines et également l’éducation citoyenne pour l’appropriation de la bonne gouvernance.  Il y a une autre dimension fondamentale qui est le développement des structures de prise en charge de la bonne gouvernance, au sein des régions. Voilà, entre autres, comment nous voulons opérer, au ministère, pour faire en sorte que le travail de promotion soit un travail effectif sur le terrain et que toutes les entités territoriales soient concernées par ces politiques. Ceci va dans le sens de ce que le chef de l’Etat appelle la territorialisation des politiques publiques.

Est-ce que l’objectif visé par le ministère en charge de la Promotion de la bonne gouvernance est de promouvoir l’image du Sénégal à travers des instruments comme l’Armp, l’Ofnac etc., ou de promouvoir le civisme ?
C’est l’action qui promeut une image. La communication, détachée de l’action n’a aucune signification. Autrement dit, il ne faut jamais penser que la communication suffit à elle seule pour faire en sorte que l’image du gouvernement du Sénégal soit bonne. Ce que nous allons promouvoir, ce sont les bonnes pratiques. Il faut savoir que la bonne gouvernance ne concerne pas que l’autorité publique. Elle concerne également le secteur privé. J’ai visité tout à l’heure l’imprimerie du "Soleil" avec le directeur général [Ndlr: Cheikh Thiam]. Avant de mettre en route la machine, ils ont audité le système électrique et l’ensemble du circuit de refroidissement de la machine. C’est pour éviter que cette machine qui doit avoir une durée de vie de 30 ans, ne se détériore au bout de 15 ans. Ils ont posé des actes d’efficience et d’efficacité dans la conduite de l’action publique ici au "Soleil". Ma responsabilité en tant que ministre en charge de la promotion de la bonne gouvernance, c’est de multiplier ces actes à travers toutes les imprimeries de l’Etat du Sénégal et même des imprimeries du privé. Autrement dit, il faudrait que ce qui est fait au "Soleil" soit érigé en une règle de conduite générale et qu’on puisse la faire connaître. L’idée de promotion de bonne gouvernance intègre, mais dépasse largement la notion d’intégrité publique. Malheureusement pour nous, quand on parle de promotion de bonne gouvernance, on s’en tient à l’aspect sanction pénale qui réprime des gens qui ont de mauvais comportements du point de vue de la gestion. Il faut faire en sorte que les bonnes pratiques soient connues, encadrées et multipliées partout dans la conduite de l’action publique. La promotion de l’image du gouvernement du Sénégal, c’est à la fois l’existence de l’Ofnac, la réforme de la Cour des comptes etc. Et que tout ce qui est fait par ces institutions soit connu, intégré. Même ceux qui ne gèrent pas doivent poser des actes et avoir des comportements qui vont dans le sens de la bonne gouvernance. Je suis heureux de constater que cette réunion [l’interview], qui devait démarrer à 16 heures, a démarré à 16 heures 05 mn. C’est un acte de bonne gouvernance qu’il faut promouvoir et non de parler de gestionnaire en terme de gestion. La promotion de la bonne gouvernance dépasse ce cadre. La gestion n’est qu’une infime partie de la promotion de la bonne gouvernance.

Est-ce qu’il n’était pas plus pertinent d’adresser les demandes de déclaration de patrimoine à ceux qui gèrent des budgets d’investissement ?
On ne calcule pas en fonction de la destination de l’argent public. Celui qui gère les salaires peut décider de prélever sur chaque salaire 20 Fcfa. S’il paye 120 000 salaires, c’est beaucoup d’argent et personne ne s’en rendra compte. Cette personne fait de l’enrichissement illicite dans ce cas. Il suffit simplement d’administrer  de l’argent publique  pour qu’on considère qu’à priori, ça peut être source d’enrichissement illicite. Ce que le gouvernement a choisi de faire, c’est de mettre dans la loi des dispositions qui permettent de saisir les personnalités concernées en fonction du volume d’argent qu’ils gèrent et qu’il y ait un effet réel par rapport à la déclaration du patrimoine. L’Ofnac sera à même de contrôler l’exactitude des déclarations qui sont faites. Toutefois, il faut signaler que cette structure ne dispose que de 12 membres et la déclaration de patrimoine n’est pas sa fonction première. Sa mission est de lutter contre la fraude, la prévarication, la concussion et la corruption. La déclaration de patrimoine à une fonction pédagogique, d’éducation et de crédibilisation des hommes politiques. Il faut s’attacher à ces visions plutôt que dans celle répressive de la chose.

Que comptez-vous faire pour que la promotion de la bonne gouvernance ne soit pas simplement perçue comme le bâton, la répression contre les dirigeants du secteur public ?
Abdou L Coulibaly Invit redac 3Je comprends que beaucoup de Sénégalais, dans leur esprit, considèrent que l’idée de bonne gouvernance, c’est de lutter contre la prévarication et la corruption. Parce que ces fléaux ont tellement fait de mal qu’aujourd’hui quand on en parle, les gens se focalisent sur ces aspects. Ils oublient que ce qui est à la base de cette situation, est un manque de cohérence dans l’organisation et dans la mise en place du service de manière générale. Quand on structure une entité administrative autour d’une personne et que cette personne est plus déterminante que les règles, on arrive forcément à cette situation. Il faut, dans l’idée de promotion, que la règle soit le fondement de l’action, et non le fait que la personne soit le fondement de l’alpha et de l’oméga de l’action publique. Il faut que les dirigeants soient soumis aux règles pour que celles-ci ne soient pas uniquement faites pour les autres. C’est dans cette perspective qu’on réussira à mieux asseoir une bonne gouvernance. Mais c’est la chose la plus difficile. C’est pourquoi les Américains disent « nous ne voulons pas un Etat des hommes, mais un Etat des lois ». Toute la bataille de la bonne gouvernance, c’est qu’on fasse de la norme, la boussole de la conduite de l’action publique. La norme acceptée, celle qui émane de l’Assemblée nationale et du pouvoir réglementaire. La promotion des valeurs civiques est un mécanisme par lequel, on mettra en œuvre la bonne gouvernance. Mais elle ne se résume pas en cela. Tout le monde doit respecter les valeurs civiques  auxquels nous adhérons. Mais naturellement, tout le monde ne le fait pas. Si les autres ne le font donc pas, il doit y avoir des normes et des contraintes qui les y obligent : c’est la loi, le règlement, la loi éthique, la loi déontologique, l’éthique, la déontologie etc. Tout cela, mis ensemble, permet d’aboutir à une gouvernance vertueuse, efficace et efficiente. C’est là le challenge et le défi. C’est pourquoi on parle de ministère de la Promotion de la bonne gouvernance. Dans la notion de promotion, il y a l’idée d’éducation, de sensibilisation et de formation. Nous avons une importante direction chargée de l’éducation citoyenne et de l’appropriation de la gouvernance.

Que peut-on attendre de votre ministère sur la question des marchés de gré à gré ?
Mon ministère ne peut pas intervenir dans ce domaine. Il y a déjà des structures qui s’y activent. Par contre, ce que mon ministère fait, c’est de faire comprendre aux uns et aux autres que les normes qui sont prescrits dans le code des marchés doivent être respectées. C’est ce qu’on appelle l’intégrité publique. Le troisième axe de la stratégie nationale de bonne gouvernance est intitulé le respect de l’intégrité publique. L’intérêt public et intégrité publique s’entendent au sens large du terme : c’est le respect de la norme, de la loi, du règlement, des codes éthiques et déontologiques au sein de l’administration. Nous devons promouvoir cette idée. En revanche, si la norme n’est pas respectée, il existe un organe chargé d’auditer cela. On n’a pas besoin de faire venir une autre entité qui va venir encombrer davantage l’espace. Notre responsabilité, c’est d’expliquer aux Sénégalais qu’il y a une illusion qui s’est créée autour de cette question pour dire qu’il y a plus de marchés de gré à gré maintenant. C’est inexact. Première précision, la marge de tolérance acceptée dans les institutions internationales, c’est dans l’ordre de 20 à 22% dans l’ensemble des marchés publics. Deuxième précision, le marché de gré à gré est un marché légal. C’est ce qu’il y a derrière qui peut poser problème. Il est prévu par le code des marchés publics. C’est moins le principe de gré à gré qui est condamnable, que ce qu’il permet de faire. Une liberté dans le choix du fournisseur qui conduit souvent à des compromissions de l’agent public. Il faut savoir aussi que toutes les procédures des marchés publics peuvent donner lieu à des compromissions. Le plus important, ce sont les comportements et les attitudes des uns et des autres. C’est vrai que ce que le gré à gré favorise comme dérives est plus important que les appels d’offres. Pour autant, ces derniers ne sont pas exempts de tout reproche. Quand on est arrivé, en 2012, les marchés de gré à gré, tels qu’ils ont été répertoriés étaient de 20%. L’année dernière, ils étaient de 21%. Ils ont atteint des sommets records avant 2012, c'est-à-dire jusqu’à 30%. Ce qui avait conduit, en 2011, à toutes les dérives budgétaires que nous avons vécu. Il ne faut pas aussi que le code des marchés publics soit un goulot d’étranglement pour la conduite de l’action publique. Il y a des réformes qui sont nécessaires et il faut les faire avec courage et détermination dans l’esprit du code. C'est-à-dire sauvegarder l’intégrité des marchés publics et des deniers publics. Les réformes qui sont envisagées seront faites dans ce sens. Elles sont conduites sous le double sceau du respect de l’intégrité des marchés publics et de la sauvegarde des deniers publics, mais avec le maximum d’efficacité dans les procédures.

Vous avez installé, il y a quelques semaines, des cellules dans les régions. Qu’en est-t-il du démarrage de ces cellules ?
La cellule de Tambacounda va démarrer dans deux semaines ses activités sur le terrain. En l’absence d’entités régionales du ministère, ces structures vont permettre, dans des cadres inclusifs (société civile, Etat, structures techniques de l’Etat etc.) de collaborer pour engager toutes les actions nécessaires de promotion de bonne gouvernance régionale, départementale et même locale. Une deuxième étape suivra avec la mise en place de centres intégrés de gouvernance. Des citoyens interviendront dans ces centres pour mettre l’administration en phase de ces responsabilités en cas de mauvaise gouvernance ou de délit dans la gouvernance.

Vous êtes candidat à la mairie de Sokone. Mais nous savons que la route Kaolack-Sokone est dans un mauvais état depuis des années. Ensuite, Sokone manque presque de tout. Sur quoi comptez-vous vous appuyer pour convaincre les Sokonois de voter pour vous ?
Abdou L Coulibaly Invit redac 4Cette route est en mauvais état depuis 1998. Lors des élections législatives de cette même année, les jeunes de Sokone avaient décidé de barrer la route et avaient menacé de ne pas participer aux élections locales. En 2000, ils ont repris le même slogan. C’est avec le président Macky Sall que la requête qui a été présentée à l’Union européenne a été acceptée. Cette requête était un financement de 9 milliards de Fcfa, signé le 31 décembre 2012. C’est en 2013 que la route devait être faite. Mais malheureusement, nos partenaires de l’Union européenne ont posé des conditionnalités telles qu’on n’avait du mal à démarrer les travaux. L’étude technique a été faite et est en train d’être reprise pour être actualisées depuis le mois de février de cette année. Elle doit être finalisée et déposée ce mois-ci. A la suite de cela, le marché doit être attribué. En deux ans, nous avons réussi quelque chose qui n’a pas été faite en 12 ans.

Sokone a aujourd’hui 7 écoles primaires, un hôpital avec des spécialités  comme la chirurgie, l’ophtalmologie et la chirurgie dentaire. Cette ville a deux médecins, plus de cinq infirmiers d’Etat et deux sages femmes d’Etat. On ne peut pas comparer ça à ce que la ville était auparavant. Sokone a aujourd’hui un lycée, deux collèges, un autre centre médical qui est différent de l’hôpital avec une population estimée à plus de 17 mille habitants. Le président de la République a pris la décision de faire construire à trois km de Sokone, à la lisière de la commune de Toubacouta, 4 départements universitaires dont les départements de biodiversité, d’agriculture, d’ici à 2015. Cela veut dire une population universitaire, des infrastructures, une nouvelle population etc. Le seul problème est que le site de l’université a empiété sur une forêt classée et il faut des procédures normales pour que les constructions puissent être terminées. Reconnaissez également que nous avons fait venir et signer un accord de partenariat important avec Pamecas sous ma direction, futur candidat à la mairie de Sokone, qui a décidé de mettre en place une ligne de crédit de 25 à 50 millions de francs Cfa pour les femmes. Je viens aussi de disposer de deux moulins qui seront placés dans les quartiers périphériques où les femmes avaient besoin de ces machines pour travailler. Nous allons également installer bientôt deux presses à huile dont les femmes ont besoin.

Idrissa Seck a fait des critiques à l’endroit de l’Etat en raillant les actions du gouvernement, quel commentaire vous en faites ?
Vous avez dit qu’un opposant (Ndlr : Idrissa Seck) a raillé l’action de l’Etat. La situation est tellement sérieuse dans ce pays pour parler de raillerie. Sa sortie traduit plutôt l’état d’esprit d’un opposant politique qui ne saisit pas encore les réalités d’un pays. J’ai commencé à suivre Idrissa Seck depuis qu’il est entré  en politique en 1988. Il ne m’a jamais personnellement impressionné pour son ardeur au travail. II est stupéfait devant les gens qui travaillent.

Quel bilan tirez-vous du mandat présidentiel des deux ans après votre arrivée au pouvoir. Etes-vous satisfaits ou vous espéreriez faire mieux ?
Le gouvernement du Sénégal a engagé des réformes fondamentales. L’une des réformes majeures qui est envisagée, c’est d’abord de faire de l’agriculture le pilier essentiel de notre développement économique. Considérez les milliards qui sont investis dans l’agriculture, il y a dix ans. Nous avons eu plusieurs types de campagnes comme le manioc, le piment, le sésame, Reva… C’était beau peut-être dans les intentions, mais qu’est-ce qu’on en a fait ? Rien du tout. Pour ce qui est de notre bilan, nous avons eu des réussites certaines. D’abord une expérience dans le domaine de la Couverture maladie universelle (Cmu), la mise en place d’une structure qui permettra, au moins, à 80% des Sénégalais, qui ne disposent d’aucun moyen pour aller se soigner, de bénéficier des soins à travers ce programme. Pour l’agriculture, les prévisions tablent sur une production de 1,6 million de tonnes de riz paddy, 1,8 million de tonnes de riz blanc. Nous sommes en train de mettre en place une structure à cet effet. Il faut aussi noter la réforme de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur etc. Notre pays forme 80% de bacheliers littéraires et moins de 5% de bacheliers scientifiques et également professionnels. La charpente qui est mise en place, aujourd’hui, c’est d’inverser la tendance. Déjà avec la construction de 8 lycées professionnels qui sont en cours, plusieurs centres techniques professionnels sont prévus. Il faut inverser la roue pédagogique en formant plus de professionnels qui vont aller dans les usines que de bacheliers qui restent  à l’université à ne rien faire. Voilà l’option fondamentale qui est envisagée. Et ce choix est consigné dans un document important qui est le Plan Sénégal émergent (Pse). Quand on arrivait au pouvoir, c’était la catastrophe pour le secteur agricole. 63 milliards de francs Cfa ont été mobilisés par le gouvernement sénégalais pour mettre en place des intrants, des facteurs de production, soutenir le paysannat qui était dans une situation de famine, appuyer le bétail pour le nourrir durant cette période  de soudure. Sans compter l’assistance substantielle qu’on a mise dans l’électricité avec un appui de 120 milliards de Fcfa.

Il y a maintenant moins de coupure d’électricité ; le Plan Takkal a été réexaminé, réajusté et mis au service du développement économique et social et non pas au service des ambitions d’une personne. Par ailleurs, la réforme de l’enseignement supérieur, avec plus de 400 milliards de Fcfa d’investissements prévus, et qui sont en cours de réalisation, c’est important. La rationalisation de la dépense publique est une réalité. Les engagements fondamentaux de bonne gouvernance sont à souligner. Il y a également une augmentation de 40 milliards de Fca de salaire pour qu’on procède à une baisse des impôts sur les revenus. L’option du Pse a été mise sur la table pour réaliser des taux de croissance beaucoup plus importants. Une croissance économique qui tourne autour de 3% et un taux démographique qui avoisine les 2,7%. Si l’on adopte ce que le Chef de l’Etat propose et  qu’on le réalise, c’est autour de 17 ans qu’on assurera le développement du Sénégal et non de 233 ans si l’on garde les mêmes indicateurs économiques d’aujourd’hui comme le soutiennent certains économistes. Un taux de croissance qui inclut, au moins, deux ou trois fois le taux de croissance démographique.

Le modèle du Pse repose sur des piliers essentiels. D’abord, réaliser un taux de croissance de 7% durable inclusif, stable pendant des années, une option fondamentale sur le capital humain, sur la bonne gouvernance avec à l’appoint 27 projets prioritaires phase qu’il faut mettre en œuvre d’ici à 10 ans. Si vous combinez ces projets avec la création qui est de l’ordre de 7 à 8%, on sera bien sûr sur la rampe de l’émergence. L’autre pilier est la bonne gouvernance avec une vingtaine de réformes qui doivent être nécessairement accomplies dans les trois ans à venir, pour qu’enfin le Sénégal sorte la tête de l’eau. Certains critiquent le Pse sans prendre le soin de le comprendre et de l’étudier, dans sa philosophie. Il peut même y avoir des choses qui ne sont peut-être pas nécessairement cohérentes comme dans la construction de toute œuvre humaine. On peut la comprendre et la critiquer. Pour le gouvernement, nous avons dit qu’au lieu de nous offenser, la critique nous compense. Mais encore faudrait-il qu’on nous propose une critique sérieuse, organisée qui repose sur un renseignement et une information. Et celui qui la propose se soit même outillé pour le faire.     

Avec le Pse, si le président Macky Sall fait deux mandats, est-ce que son successeur ne pourrait pas remettre en cause cette option économique et nous condamner à un éternel recommencement ?
Nous ne souhaitons pas que le successeur de Macky Sall change le Pse pour la bonne et simple raison que si ce programme marche, dans dix ans, qui va dire aux Sénégalais que je vais changer. Ce sont les citoyens même qui vont décider de son sort. Si le plan ne marche pas, ce serait heureux qu’il change, et c’est normal. Ce qui fait que dans les deux cas, il n’y a pas de crainte à avoir. Nous souhaitons que ce programme marche. Si tous les objectifs assignés sont atteints, je n’imagine pas  que le remplaçant de Macky Sall puisse décider de mettre un autre plan.

En 2000, les indicateurs économiques du Sénégal étaient au vert, et cela ne nous a pas servi grand-chose ?
Abdou L Coulibaly Invit redac 5Il y a une différence qu’il faut relever. Le Pse change de modèle. Celui que nous avons trouvé sur place, nous continuons à l’administrer. Même s’il y a eu des choses que nous avons changées. Les bons points ont été maintenus. Soyons optimiste et travaillons à faire en sorte que ce qui nous est proposé soit conduit à terme.

Beaucoup disent que Karim Wade est le seul ministre à être poursuivi, qu’en pensez-vous ?
Effectivement, certains citoyens se posent la question de savoir pourquoi il est le seul à être emprisonné et pas d’autres ministres de l’ancien régime. Cette question s’adresse à la justice et non au porte-parole du gouvernement que je suis. Si j’accepte de vous répondre en vous expliquant pourquoi il est le seul, cela veut dire que moi-même, membre du gouvernement, j’explique les décisions de la justice. Je pense que la justice doit travailler pour que toutes les gens qui ont fait des infractions soient traitées de la même façon. C’est le principe de l’égalité de tout le monde devant la loi et devant la justice. Je n’ai pas d’explications par rapport au fait que Karim Wade est le seul ministre emprisonné.    

Le budget de votre département a connu une hausse en passant de 134,4 millions à 3,5 milliards de Fcfa, qu’est-ce qui explique cette hausse très importante ?
La hausse du budget, dans mon ministère, s’explique par le fait que quand on est arrivé en novembre 2012, on était en fin d’exercice budgétaire. Il fallait juste assurer le fonctionnement du cabinet qui était la seule structure existante. Par une loi rectificative, il y a une somme de 200 millions qui a été ajoutée aux 134,4 millions de Fcfa. Il y a eu également des projets d’une valeur de 2 milliards. On a aussi augmenté les fonds d’investissements. Nous allons conduire, à partir du deuxième semestre de l’année, le processus d’évaluation par les pairs, le Maep africain. Un budget lui est consacré. Nous avons mis en œuvre le projet pour l’atteinte des Objectif du millénaire pour le développement (Omd) avec le Pnud pour un montant de 1,8 milliard de Fcfa. D’autres directions ont été créées au sein du ministère. Les investissements concernent l’intégrité publique avec plusieurs actions qui seront menées, l’éducation citoyenne, l’appropriation de la bonne gouvernance, l’administration publiques…

On a assisté, il y a deux ans, à une suppression de plusieurs agences, mais d’autres ont été créées, est-ce qu’il ne se  posera pas un problème d’efficacité et d’efficience ?     
La suppression des agences obéissait à une logique. Celle de rationnaliser l’administration. L’idée était de supprimer des agences qui attestaient d’une incohérence. Car on ne peut pas avoir une direction générale et plusieurs directions qui font pratiquement la même chose. Les agences doublons on les a supprimées. D’autres agences ont été créées parce que les circonstances  l’exigeaient.

Et il y avait un impératif à le faire par rapport à la gestion d’un domaine précis. En créant d’autres agences, il fallait veiller à ce que les dépenses d’investissement soient des dépenses rentables et utiles. Que l’argent transféré ne serve pas au fonctionnement. Ce n’est pas le nombre d’agences créées qui fait problème, mais c’est plutôt les transferts qui sont opérés. Il y a un audit qui va être lancé pour l’efficacité des dépenses publiques.   
  
Certains considèrent que les élections locales constituent le dernier clou sur le cercueil de « Bennoo Bokk Yaakaar », qu’en pensez-vous ?
Je pense que non. On avait préconisé le dernier clou avec les élections législatives. Ce qui n’a pas été le cas. Il y a des rencontres périodiques entre le Chef de l’Etat et les responsables des autres partis politiques de la coalition « Bennoo Bokk Yaakaar ».

Propos recueillis par Oumar Ba, Abdou Diaw
et Ndiol Maka SECK  (avec la Rédaction)
Photos : Sarakh Diop


Abdou Latif Coulibaly, ministre de la Promotion de la Bonne gouvernance, Porte-parole du gouvernement : « Attendons les locales pour voir si le Pds a ébranlé le pouvoir »

Invité de la réunion de réaction du Soleil hier, le ministre de la Promotion de la Bonne gouvernance, des Relations avec les Institutions et Porte-parole du gouvernement est revenu sur des questions de l’actualité politique. Dans cette première partie, il a saisi l’occasion pour clarifier certains aspects sur la venue du président Wade, sur les prochaines  échéances locales, la transhumance politique, etc. Nous reviendrons sur les autres questions liées à la bonne gouvernance dans nos prochaines éditions.

Monsieur le ministre, avec la présence de l’ex-président Abdoulaye Wade, il semblerait qu’il y a des négociations en douce avec le régime actuel. Qu’en est-il au juste?
« Je voudrais commencer par préciser une chose importante. L’ancien président de la République est un citoyen sénégalais mais qui n’est pas un citoyen ordinaire. Parce qu’il a une posture et un statut d’ancien chef d’Etat. Ce statut-là, lui confère un certain nombre de droits. Il a un traitement mensuel décent; un traitement nettement trois fois au- dessus du traitement des ministres et même du Premier ministre en activité. Il a des avantages matériels importants (une garde rapprochée, des indemnités pour assurer un certain nombre de besoins, des services autour de lui), une protection rapprochée de l’Etat du Sénégal où qu’il se trouve dans le monde. Les honneurs lui sont dus et lui sont tout le temps rendus. Quand il arrive au Sénégal,  il est accueilli au salon d’honneur. Je précise d’ailleurs que c’est sur sa demande ou plutôt sur une vaillante contestation de sa part que ce statut a été valorisé. Vous avez suivi, à travers la presse, l’ex-président dire, à l’époque, qu’il ne recevait pas un traitement digne de son statut. Cela ne correspondait pas à la réalité. En vérité, il recevait les prestations liées à son statut tel que ce statut a été défini et mis dans le droit positif sénégalais en 1981. Evidemment, ce traitement dont Abdou Diouf a bénéficié tout le temps qu’il est là, c’est le même traitement qui lui a été fait. Abdou Diouf, à l’époque, avec beaucoup de dignité et d’honneur, de responsabilité, a assumé ses fonctions, reçu ce traitement sans que personne ne l’ait une seule fois entendu parler de ce statut-là. J’avoue que ce n’est pas une mauvaise chose, c’est même une très bonne chose parce que la stature de l’homme, son statut, la fonction qu’il a assumée au Sénégal justifient amplement la décision du président de la République de valoriser ce traitement-là. Il y a également quelque chose qui est fondamentale, cette personne a parlé au nom du Sénégal, a incarné le pouvoir dans sa plénitude et dans ce qu’il a de plus sacré. Il est tout à fait normal que ce statut lui soit dévolu. En revanche, cet honneur lui impose, également, un certain nombre de suggestions et d’obligations qui sont intrinsèquement liées à l’acceptation d’incarner ce statut-là. Il faut afficher la posture pour avoir un statut. Maintenant libre à chaque citoyen de dire si  la décision du président de la République d’être directement impliqué sur des questions d’enjeu national, politiquement parlant, et qu’il s’engage, de façon décisive, dans la politique, cela correspond au statut qu’il est censé incarner et à la posture qu’il est appelé à afficher. Personnellement, je crois que non. Ce qui fait qu’aujourd‘hui, en acceptant de descendre sur l’arène politique, comme il le fait naturellement, il est traité comme un opposant. Traité comme un opposant avec les droits qui lui sont dus, avec la classe qui doit lui être reconnue mais également avec la contrepartie qui est inhérente à la présence de tout acteur sur la scène politique. Maintenant, les gens disent qu’il est arrivé pour perturber le pouvoir,  le pouvoir négocie. Je ne crois pas, honnêtement, à 90 ans, que l’ancien président dispose de ressorts (du point de vue politique, de son passé, et de ce qu’il a fait dans ce pays, au cours de ses 12 ans) conséquents pour déstabiliser un régime quel qu’il soit. Cela voudrait dire que le régime est extrêmement fragile; ce que je ne crois pas, car ce n’est pas du tout le cas.  Pourquoi le régime devrait donc négocier avec Abdoulaye Wade ? Et qu’est-ce qu’il devrait négocier avec lui? S’il y a un sujet à la négociation, elle voudrait peut-être dire que la situation dans laquelle se trouve son fils et qui explique probablement son comportement sur le terrain politique, devrait être négociée. Mais même le président de la République n’a pas le pouvoir de négocier cela. Si l’on accepte le principe que nous sommes un Etat de droit, où la justice fait son travail normalement, on ne devrait pas suggérer l’idée qu’il y a une négociation politique derrière. On aurait perdu toute crédibilité si l’on devait négocier aujourd’hui. C’est parce qu’il n’ya rien à négocier qu’Abdoulaye Wade est présent sur la scène politique. La justice dira si son fils est coupable ou non coupable. S’il n’est pas coupable, évidemment, il sera relâché, s’il l’est, la justice fera son travail. Il ne peut pas y avoir une négociation possible entre le gouvernement et  Abdoulaye Wade. Parce que, de toute les manières, la seule chose qui l’intéresse, c’est moins les libéraux qui sont mis en prison que son fils. Pour éviter cette situation, il fallait, dès le départ, éviter d’en faire un personnage central qui, au cours des dernières années de sa présence à la tête de l’Etat, a disposé de tous les leviers économiques et sociaux du pays.

Pour certains observateurs, le retour de Me Wade a requinqué le Pds et que ce parti risque de faire mal aux élections locales ?   
Je suis frappé par les analystes sénégalais. Soyons objectifs. D’abord les faits : Je dirige la liste départementale de Foundiougne. Je suis candidat à la mairie de Sokone. Sur 18 listes de collectivités locales, le Pds n’est présent qu’à peu près dans 8 collectivités locales. Sur dix, le Pds, comme parti, est totalement absent. Dans la commune de Sokone où je suis et qui est la commune la plus importante du département de Foundiougne, le Pds n’a pas pu déposer de listes. Et ce que je vous dis, je l’ai remarqué également dans le département de Kaffrine où j’étais le superviseur de l’Apr. Sur les 9 collectivités locales, le Pds n’est présent simplement que dans trois ou quatre. Le phénomène médiatique qu’on a donc pu lire à travers l’arrivée de Wade, personnellement, je dois étudier les autres départements pour voir en quoi, ce phénomène politique supposé, est-il reflété dans les listes qui sont déposées pour les prochaines élections? J’invite les journalistes à passer en revue toutes les listes où le Pds se présente comme entité autonome ou dans une coalition qui a des chances de gagner. Je vois même, dans nos départements, « Bokk Guis Guis » est plus présent que le Pds. C’est quand même significatif par rapport aux analyses que nous avons faites. A Kaolack, également, on parle moins du Pds que de la coalition « Bennoo Bokk Yaakaar » et des autres entités. A Saint-Louis, on en parle. J’aimerais savoir si à Thiès, on parle encore du Pds, si à Mbour, le Pds dans les listes qui sont présentées a une présence significative? Quand on aura fini de faire cette analyse, c’est peut-être à partir de là qu’on pourra dire si le Pds risque de faire du mal. Mais quand on ne le pas fait, on ne peut pas le dire. Je demeure convaincu qu’on a eu affaire à un évènement médiatique de dimension nationale qui ne reflète absolument pas une nouvelle dynamique politique au Sénégal.  Attendons les élections locales du 29 juin, pour voir si le Pds a ébranlé le gouvernement.   

Lors du retour du président Wade, beaucoup de responsables Apr se sont exprimés. N’y a-t-il pas là une certaine incohérence du discours gouvernemental ?
Attention ! Dans le débat politique, il faut surveiller deux choses qui sont importantes. Pour le gouvernement, la communication est d’abord de l’information publique. Il y a beaucoup de confusions au Sénégal. Entre ce que j’appelle l’information publique qui relève de la responsabilité de l’Etat de dire aux Sénégalais qu’est-ce qui s’est passé et l’ensemble des positionnements du point de vue de la communication sur un phénomène. Qu’est-ce qui a fondé le débat autour de l’arrivée de Wade ? Il y a eu manipulation des faits pour avoir un effet politique donné. Vous savez, Abdoulaye Wade est un vieux renard politique. Il a joué. En partie, il a réussi à focaliser sur lui, pendant plus de trois jours, les médias. Et cela, ce n’est pas la faute du gouvernement. Mais la question qui se pose, c’est de savoir à un niveau de responsabilité, après avoir été chef de l’Etat, est-il normal de jouer à tromper sciemment l’opinion nationale? Cela ne valorise pas la démocratie, ni les hommes politiques, d’autant plus, d’ailleurs, que souvent on met en doute leur parole. Et cela, on l’analyse moins, on en parle moins parce que ce n’est pas l’information exacte qui fait le spectacle mais la désinformation. Finalement, on nous reproche d’avoir mal communiqué. Qu’est-ce qu’on peut reprocher au gouvernement? On a donné l’information. Il n’y a pas eu d’incohérence. Le gouvernement n’a pas varié dans ses déclarations. Le communiqué du ministère de l’Intérieur a confirmé, mot pour mot, ce que j’ai dit à Rfi, à la Bbc, à l’Afp et aux radios sénégalaises. Il y a deux choses sur lesquelles il ne faut pas se tromper. Quand on déclenche un phénomène médiatique, la responsabilité du gouvernement est de donner des informations exactes au public sénégalais et nous l’avons fait. Personne d’autre n’a parlé. Maintenant, les hommes politiques sont des hommes politiques. On les interroge et ils s’expriment. Ils sont intervenus dans les médias pour, parfois, relever des contradictions, faire ressortir des contrevérités qui étaient véhiculées simplement.

Les Sénégalais, en se débarrassant du régime libéral, avaient pensé en avoir fini avec la transhumance. Mais on constate que l’Apr est en train recycler d’anciens responsables du Pds. Qu’en pensez-vous?
La transhumance ne peut pas être un modèle politique, ni un référentiel de base. Du point de vue éthique et moral, ce n’est pas acceptable. En politique, il doit y avoir de l’éthique. Par contre, des gens qui sont dans les partis politiques, qui n’assumaient pas de responsabilités particulières, sinon à un niveau inférieur, non connu, qui changent de parti, ça se voit dans tous les pays. Ce n’est pas qu’au Sénégal. La politique n’est pas la morale mais elle ne peut pas se faire sans la morale et sans l’éthique. Malheureusement, au bout de l’action politique, il y a l’efficacité. II faut compter avec. L’efficacité politique amène des situations aussi particulières, sans être justifiée sur le plan moral ou éthique et c’est une réalité avec laquelle il faut faire. La transhumance ne peut pas être un modèle politique, ni un référentiel de base. Du point de vue éthique et moral, ce n’est pas acceptable.

Les défauts que l’on reprochait au Pds, notamment la violence, l’indiscipline commencent à poindre à l’Apr. Aussi certains parlent même de l’arrogance. Est-ce que vous pensez que de cette manière vous pouvez gagner la sympathie des Sénégalais pour avoir un second mandat?
Vous avez parlé de la violence et de l’indiscipline à l’Apr. Nous le déplorons. Ça va nous coûter cher quelque part, si nous ne prenons garde. Cette indiscipline a fait qu’on a été forclos dans trois communes de Pikine, dans une commune du Fouta (Ndlr : Ogo). L’indiscipline avant de faire mal aux autres, le fera d’abord au parti ».

Amadou DIOP (Avec la rédaction)


Philippe Beaulne, ambassadeur du Canada au Sénégal: « Une coopération fondée sur des valeurs communes »

baulne10Ancien conseiller à l’ambassade du Canada au Sénégal de 1993 à 1995, Philippe Beaulne est revenu, près de 20 ans plus tard, dans notre pays. Ambassadeur au Sénégal, couvrant aussi la Gambie, la Guinée, le Cap-Vert et la Guinée Bissau, il a pris poste depuis août dernier. Invité de la Rédaction du « Soleil », il a été accueilli par le Directeur général Cheikh Thiam, et a abordé, dans cet entretien, toutes les questions liées à la coopération entre le Canada et le Sénégal.

En novembre 2014, le Sénégal organise le Sommet de la Francophonie. Qu’est-ce que le Canada lui apporte comme contribution pour la bonne tenue de cet évènement ?
Nous sommes très heureux du choix porté sur le Sénégal pour organiser le 15ème Sommet de la Francophonie et nous le félicitons. Le Sénégal est un membre important de la Francophonie, un des membres fondateurs, qui a joué un rôle significatif tout au long de son évolution. Dakar a déjà abrité, avec succès, un sommet de la Francophonie en 1989. Il est à noter également qu’un fils illustre de ce pays, l’ancien président Abdou Diouf, est à la tête de la Francophonie depuis 2002 et qu’il y a apporté une contribution remarquable.

Pour le Canada, l’appartenance à la Francophonie est importante car elle met en valeur la dualité linguistique de notre pays et l’attachement aux valeurs partagées que sont le respect de la démocratie, des droits de la personne, et de l’état de droit. Au-delà, cela nous permet de faire partie d’une importante communauté de 77 États et de gouvernements qui représente environ 900 millions d’habitants dont 200 millions de locuteurs francophones. Le prochain sommet sera important. Le thème choisi par le Sénégal, à savoir les femmes et les jeunes comme acteurs de paix et vecteurs de développement, a une résonnance dans tous les pays de la Francophonie, notamment dans la région et particulièrement au Sénégal. Nous allons donc travailler avec le Sénégal pour faire de cet événement une réussite.

Lors de sa visite au Sénégal le novembre passé, le ministre de Développement international et de la Francophonie du Canada, l’honorable Christian Paradis, a annoncé un soutien du gouvernement du Canada  au Sénégal pour l’organisation du Sommet. C’est un évènement qui va accueillir des milliers de personnes, dont de nombreux délégués et journalistes. Tout cela demande un travail d’organisation complexe à tous les niveaux. Nous  offrons notre expertise dans ce sens puisque nous avons organisé le Sommet de la Francophonie de 2008 au Canada ainsi que plusieurs autres évènements de haut niveau. Des experts canadiens sont déjà venus et ont discuté avec les autorités responsables de l’organisation. Ce travail se fait naturellement en collaboration avec les autorités sénégalaises mais également avec le comité de pilotage de l’Oif ainsi qu’avec les autres membres de la Francophonie disposés à apporter leur appui. Nous allons également travailler de pair avec le Sénégal et les autres membres en vue d’avoir un Sommet plus interactif et porteur de résultats. La stratégie économique de la Francophonie devrait être adoptée lors de ce Sommet. De même, il y aura l’adoption d’un nouveau cadre stratégique à moyen terme et d’une programmation au niveau de la coopération de la Francophonie pour les prochaines années. Finalement, un nouveau secrétaire général devra être choisi.

En 2014, le président Abdou Diouf va quitter la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie. Le Canada a-t-il un candidat pour le poste ?
Ce Sommet sera l’occasion de mettre en valeur la contribution extraordinaire d’Abdou Diouf, qui est à la tête de cette institution depuis 2002 et qui a abattu un travail remarquable pour faire évoluer, de façon positive, la Francophonie internationale. Il va laisser, à son départ,  une organisation mieux structurée, plus transparente, plus vigoureuse, plus pertinente et mieux gérée, fidèle à ses principes fondamentaux. Sous sa gouverne, l’organisation a fait un très bon travail dans plusieurs domaines, tel que la diversité culturelle, et il a su développé l’action politique de la Francophonie qui a joué un rôle utile dans la résolution de conflits, en particulier dans la région ainsi que dans  l’accompagnement des sorties de crise. Pour l’instant, il n’y a pas de candidat officiel à la succession. Nous souhaitons que le ou la prochaine Secrétaire général de la Francophonie, vu les progrès importants qui ont été faits sous la gouverne d’Abdou Diouf, soit en mesure d’approfondir ces acquis et qu’il ou elle soit en mesure de porter plus en avant ce legs pour les prochaines années et pour les générations futures de francophones et de francophiles. Nous croyons aussi qu’il est important que le choix du prochain secrétaire général se fasse par la recherche d’un consensus entre les membres. Des discussions sont en cours sur la question. Il y a eu des manifestations d’intérêt de personnes de valeur, mais il n’y a pas encore de candidature déclarée.

Le Canada est très connu pour ses ressources énergétiques et le Sénégal fait face à des problèmes de fourniture d’électricité. Que peut-on attendre de votre pays pour aider le nôtre à résoudre ce problème ?
Le Canada a beaucoup d’expertises dans le domaine, et sur toute la chaîne économique liée au domaine énergétique, de la production à la distribution. Comme vous le savez, nous disposons d’importantes réserves de gaz naturel, de pétrole. Nous avons également une expertise importante en production d’électricité, que ce soit par des procédés hydroélectrique, thermique, nucléaire ainsi qu’en efficacité énergétique, sans oublier les énergies nouvelles. Les entreprises canadiennes sont disposées à faire profiter des pays comme le Sénégal de leur savoir-faire dans le domaine.

Excellence, que répondez-vous à ceux qui disent que, pour le Canada, l’Afrique représente un enjeu secondaire  surtout l’Afrique francophone avec qui les échanges commerciaux sont faibles comparés à l’Afrique anglophone?
Le Canada s’intéresse à l’Afrique dans sa globalité, que ce soit l’Afrique francophone, anglophone ou le Maghreb. L’Afrique est un continent d’avenir, tout le monde le sait. Les entreprises canadiennes y sont actives. Les investissements canadiens, en Afrique de l’ouest, s’élèvent à environ 10 milliards de dollars canadiens dont 750 millions de dollars au Sénégal. Nous avons également un programme important d’aide au développement sur le continent. Dans un souci d’efficacité de l’aide et à l’instar d’autres bailleurs de fonds, nous l’avons concentrée et certains pays clés ont été choisis pour en bénéficier, dont le Sénégal. De plus, des Africains choisissent de s’installer au Canada ou des Canadiens en Afrique. Pour nous, l’Afrique reste un continent important et d’avenir et nous souhaitons intensifier les liens qui sont déjà importants.

Qu’en est-il de l’exploitation des ressources minières ? On sait que le Canada en dispose énormément…
L’industrie extractive, au Canada, est importante et a un rayonnement international significatif. La Bourse de Toronto est l’un des lieux sinon le lieu le plus important au monde pour le financement des entreprises dans le domaine extractif, que ce soit le pétrole, le gaz ou les mines. Les entreprises canadiennes sont parmi les plus actives au niveau international et plus particulièrement en Afrique. Elles le sont également au Sénégal, avec une compagnie canadienne qui a une mine en exploitation et d’autres qui sont en phase d’exploration. L’an dernier, une branche ouest-africaine de l’Institut canadien des mines s’est ouverte à Dakar, signe de l’importance accordée à la région et plus particulièrement au Sénégal. Cet Institut compte 15.000 membres au Canada et regroupe une grande partie des entreprises et professionnels liés au secteur minier. Nous devons également noter la création récente de la Chambre des mines du Sénégal. Elle nous permettra de travailler de pair avec les acteurs majeurs du secteur, c’est-à-dire les principales entreprises actives au Sénégal.

De même, dans le domaine de la Responsabilité sociale des entreprises (Rse), nous travaillons depuis de nombreuses années avec Rse Sénégal pour promouvoir ce concept, parce que nous pensons que toutes les entreprises canadiennes, qu’elles soient au pays ou à l’étranger, doivent respecter les règles et réglementations en vigueur et appliquer les principes de la Rse. Nous soutenons aussi l’adhésion du Sénégal à l’initiative pour la transparence des industries extractives (Itie).

baulne5Lors de la signature du contrat avec Teranga, le ministre avait dit, qu’à présent, les contrats sont mieux négociés. La Bad a même mis en place un mécanisme pour aider les pays africains à mieux négocier les contrats miniers. Que fait le Canada pour appuyer ces pays ?
Pour le Canada, il est important que les contrats soient  négociés dans la transparence et suivent des règles similaires à ce qui se fait bien, ailleurs. Ceci devrait, par ailleurs, s’appliquer non seulement au secteur minier mais également aux autres secteurs de l’économie. C’est important pour assurer non seulement la compétitivité d’un pays mais également pour favoriser son développement et s’assurer de retombées bénéfiques. Nous sommes à finaliser un accord bilatéral avec le Sénégal pour la promotion et la protection des investissements étrangers. Un tel accord fixera les grands paramètres régissant les investissements et  permettra de minimiser les  problèmes ou les malentendus et d’adresser ces derniers dans un cadre mutuellement acceptable. Un contrat bien négocié, qui satisfait les deux parties et qui est respecté, a plus de chance d’être durable, de produire les effets escomptés et d’avoir des effets d’entrainement. Je me suis rendu, au mois de décembre, à Kédougou, où j’ai visité des sites miniers et les différentes actions de développement en cours dans la région. Déjà, la région et le Sénégal profitent de retombées positives. A cet égard, il est important que tous les programmes de l’ambassade travaillent en synergie.

Lors de la visite du Premier ministre canadien, Stephen Harper au Sénégal, un certain nombre d’accords avaient été signés entre votre pays et le Sénégal. Ces accords ont-ils été mis en œuvre ?
Des lettres d’entente, concernant  un accord de promotion et de protection des investissements étrangers et un accord pour le transport aérien avaient été signés à cette occasion. Depuis, des progrès ont été faits dans les négociations et nous sommes en phase de finalisation. Des signatures officielles suivis d’un processus de ratification devraient bientôt suivre. Ils pourront alors être mis en œuvre.

Les Canadiens insistent beaucoup, dans leurs investissements, sur la responsabilité sociétale des entreprises (Rse). Que recouvre concrètement ce concept ?
C’est un concept assez large, qui a évolué et qui, pour nous, est une composante essentielle du développement durable. Au départ, certains l’assimilaient simplement à ce qu’une entreprise pouvait faire au niveau communautaire dans sa région immédiate. Cette notion va plus loin. Tout d’abord, il est  important que l’entreprise soit un bon citoyen dans le pays et dans la région où elle est implantée, en suivant les lois et règlementations nationales, locales et les normes internationales ayant trait à la Rse, en agissant avec transparence, en ne participant pas à des activités de corruption, mais également en travaillant avec les autorités locales et nationales, les groupes de la société civile, et avec les communautés locales. Pour nous, il est important que ceci se fasse sur une base volontaire, avec le plein engagement des entreprises. La RSE implique également qu’il y ait des responsabilités de la part de l’entreprise mais également des autorités.

Le continent africain fait l’objet de convoitises entre les pays occidentaux et la Chine laquelle est en train de gagner de grosses parts de marché. La Chine ne vous fait-elle pas peur ? Quel intérêt représente, pour vous, l’Afrique ? N’y a-t-il pas lieu de repenser la coopération ?
Ce n’est pas à moi de dicter la nature de la coopération entre d’autres pays et l’Afrique. Je pense que l’Afrique doit être un marché ouvert qui suive des règles transparentes et où les entreprises participent également de manière transparente et ouverte à son développement, tant au niveau de l’investissement, des appels d’offre que des échanges de biens ou de services. Au niveau de la coopération, il est également important qu’on respecte un certain nombre de règles essentielles de bonne gouvernance et relatives aux droits, aux libertés et à la démocratie. C’est dans cet esprit que nous avons signé, avec le Sénégal, lors de la visite du ministre Paradis en novembre passé, un accord de responsabilité mutuelle pour justement  qu’il y ait  bonne gouvernance et  transparence.

La coopération suppose un partenariat gagnant-gagnant. Quels sont les opportunités dont peuvent profiter des investisseurs sénégalais au Canada ?
Je pense que tous les pays souhaitent que les investisseurs étrangers s’intéressent à eux. Le Canada est donc ouvert aux investissements étrangers. Nous sommes en très bonne place dans les différents classements internationaux pour ce qui est de faire des affaires au Canada.  Les investisseurs sénégalais intéressés par notre pays peuvent trouver des opportunités à saisir dans tous les domaines, vu la diversité de l’économie canadienne. Le climat économique y est bon de même que le climat des affaires. La main-d’œuvre est qualifiée, compétente et dynamique, le système éducatif de premier ordre et les infrastructures bien développées. Nous avons bien résisté à la crise économique, nous sommes en croissance depuis 2009 et notre taux d’endettement est le plus faible parmi les pays du G8. Nous avons négocié des accords de libre-échange avec plusieurs pays dont le plus récent est celui signé avec l’Union européenne pour faciliter les échanges concernant les biens et services mais également faciliter justement les investissements qui viennent au Canada. Il existe également des catégories d'immigration pour les entrepreneurs et les investisseurs pour les gens qui rencontrent les exigences et sont intéressés à immigrer au Canada.

Vous avez été témoin de la dévaluation en 1994 et qui avait un objectif de compétitivité pour les pays de la zone Cfa. L’année prochaine, l’Uemoa va fêter ses 20 ans. Quel regard portez-vous sur ce processus qui établit un change fixe du Cfa par rapport à l’Euro ?
J’étais à Dakar, en 1994, quand la dévaluation a eu lieu. Je crois que c’était un choc pour le Sénégal, mais qui a été reconnu comme un mal nécessaire puisque le FCfa était fortement surévalué, rendant les économies de la région très peu compétitives. Il est vrai, la dévaluation a été difficile pour plusieurs ménages sénégalais qui ont dû s’adapter. Au Canada, la situation est différente puisque notre monnaie suit un taux de change flottant qui évolue constamment face aux autres devises. L’adoption du FCFA a été, selon moi, un facteur important et positif d’intégration régionale. L’UEMOA a bien évolué au cours des derniers 20 ans, renforçant la cohésion économique dans la région.

La coopération entre nos deux pays s’est manifestée à travers des agences comme l’Acdi, le Cesti ou encore le Crdi. On évalue à environ 600 milliards de FCfa l’aide publique du Canada au Sénégal de 1962 à maintenant. Quel bilan faites-vous de cette coopération et que reste-t-il à faire ?
Dans l’ensemble, je pense que c’est une coopération qui a connu beaucoup de succès et a notamment évolué avec le temps. Vous avez parlé de 600 milliards de FCfa depuis l’indépendance du Sénégal. C’est une coopération où le Canada a toujours voulu accompagner le Sénégal dans son développement. C’est également une coopération qui est là pour suivre des priorités qui sont définies par le gouvernement sénégalais.

Lors de sa visite au  Sénégal au mois de novembre, le ministre canadien du Développement et de la Francophonie, l’Honorable Christian Paradis, a signé un protocole d’entente pour un cadre de responsabilité mutuelle en coopération et en développement entre le Canada et le Sénégal. C’est un cadre qui rappelle l’importance des valeurs communes qui lient le Sénégal et le Canada et qui sont les droits de la personne, la bonne gouvernance démocratique, la saine gestion des finances publiques et la lutte contre la corruption. Le cadre reconnaît surtout que le Sénégal est le principal instigateur de son développement et réitère l’engagement du Canada à l’accompagner afin de mieux favoriser la croissance économique, le développement durable et de réduire la pauvreté pour améliorer, de façon durable, la qualité de vie des populations. De concert donc avec les autorités sénégalaises, certains domaines ont été retenus pour la coopération canadienne bilatérale qui intervient dans 3 domaines principaux : l’éducation (éducation de base et formation professionnelle), la sécurité alimentaire essentiellement productivité agricole et le micro financement, et la gouvernance. Nous avons également des programmes régionaux et finançons plusieurs initiatives multilatérales.

Le Canada appuie le Sénégal dans la production de manuels scolaires. Et si nous ne nous trompons pas, votre pays devrait mettre, cette année, 4 milliards de FCfa. Le paradoxe est que ces manuels sont fabriqués à l’étranger et non au Sénégal alors qu’il existe une expertise locale. Peut-on fabriquer ces livres ici afin que les entreprises locales puissent bénéficier de la manne financière que cela génère ?
C’est vrai que nous avons appuyé, à travers l’acquisition de manuels scolaires, le développement de l’éducation sénégalaise. L’appui dans le domaine de l’éducation s’est fait en grande partie via l’aide budgétaire. Mais, en contrepartie, cela veut dire qu’il y a une transparence qui se manifeste par la reddition des comptes. Il est important, dans le cas des manuels scolaires, de mettre en place un cadre responsable et transparent pour les acquisitions par appel d’offres comme le stipule la politique du manuel scolaire et du matériel didactique adopté par le gouvernement du Sénégal. Des choix ont été faits, des entreprises choisies. Le contenu des manuels vient d’experts sénégalais. Il y avait, parmi les entreprises, une firme canadienne qui a travaillé avec un partenaire sénégalais, une maison d’édition sénégalaise pour les produire en partie. Maintenant, pour ce qui est de l’impression des livres, les entreprises déterminent la meilleure façon d’aller de l’avant. Il y a peut-être un moyen de trouver une façon d’intéresser les partenaires pour qu’elle se fasse ici.

Le Centre de Recherche pour le développement international (Crdi) a fermé les portes de son bureau de Dakar. Qu’est-ce qui a guidé ce choix ?
Le Crdi est un programme de recherche soutenu et financé par le gouvernement du Canada  et qui avait des bureaux en Afrique à Nairobi et à Dakar. Pour des raisons de consolidation financière, le bureau de Dakar a fermé en 2012. Néanmoins, les activités du Crdi restent importantes en Afrique de l’ouest et au Sénégal en particulier où il a plusieurs partenaires et où il continue de financer de nombreux projets. Le financement des projets au Sénégal par le Crdi a d’ailleurs augmenté cette année. Le Crdi reste un partenaire de référence et important pour le Sénégal dans le domaine de la recherche.

Vous avez cité trois domaines autour desquels s’articule votre coopération avec le Sénégal : l’éducation, la sécurité alimentaire et la bonne gouvernance. On ne vous voit pas dans le domaine de la santé alors que le Sénégal éprouve d’énormes difficultés dans ce secteur. Ne pensez-vous pas étendre votre coopération à la santé ?
Tout d’abord, à travers un programme régional sur les micronutriments dont nous avons pris l’initiative ainsi que par des financements à des mécanismes multilatéraux (par exemple les fonds mondial contre le Sida, le Paludisme et la tuberculose), nous participons dans le domaine de la santé. C’est d’ailleurs dans ce cadre que notre ministre responsable du développement, Christian Paradis, c’est récemment rendu au Lac Rose en novembre dernier. Le ministre a pu constater en quoi les investissements du Canada en nutrition mondiale et en iodation du sel améliorent la santé et le développement économique du peuple sénégalais. Le Canada, de concert avec des partenaires privés, mène des initiatives d’iodation en travaillant avec de petits producteurs de sel locaux afin d’apporter des techniques d’iodation simples et faciles à appliquer, et ce, dans le but de rejoindre les ménages ne consommant pas encore de sel iodé.  Un autre exemple soutenu par le Canada, est l’administration de deux doses de vitamine A chez les jeunes enfants. Ensemble, les partenaires ont atteint une couverture de presque 100 % au Sénégal. Ceci constitue donc des actions très positives du Canada sur la santé pour lesquelles je suis particulièrement fier.

Mais, on ne peut pas être partout. Il nous faut être efficace. C’est pourquoi, il est nécessaire de faire certains choix. Nous avons, de concert avec les autorités sénégalaises, décidé de nous concentrer sur les domaines de l’éducation, de la sécurité alimentaire et de la gouvernance.

baulne12Le Canada a diminué le nombre d’exonérations accordé aux étudiants sénégalais. Pourquoi ?
Nous encourageons les étudiants sénégalais à venir étudier au Canada. Ils sont de plus en plus présents au Canada. Approximativement 350 nouveaux étudiants du Sénégal iront au canada cette année et plus de 900  sont actuellement au Canada,  inscrits dans différents domaines de formation. Certaines universités et institutions offrent indépendamment des facilités, sous forme d’exonérations aux étudiants étrangers et plus particulièrement à ceux du Sénégal. Il y a également différents programmes de bourses, dont le programme des bourses de la Francophonie. Lors de son passage au Sénégal en octobre dernier, l’ancienne Gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, actuelle chancelière de l’université d’Ottawa a annoncé que l’université d’Ottawa va accorder une exonération partielle aux étudiants de tous les pays de la Francophonie. En janvier, nous avons tenu un salon de l’éducation à Dakar qui a connu beaucoup de succès et où des exposants canadiens de différentes universités ont pu échanger avec les étudiants sénégalais. Il est à noter également que les étudiants étrangers au Canada peuvent travailler sous certaines conditions à temps partiel.

Sauf que nos étudiants, une fois leurs études terminées au Canada, ne reviennent plus, d’ailleurs en matière de fuite des cerveaux, le Canada est une destination très prisée des Africains. Êtes-vous conscients que le phénomène est en train de handicaper les pays africains ?
Depuis que je suis au Sénégal, j’ai rencontré plusieurs anciens étudiants au Canada qui sont revenus. Il y a même une association des anciens étudiants sénégalais qui ont étudié au Canada.
D’un côté, il y a la liberté individuelle de tout et chacun de tenter d’aller là où il le souhaite, si cela est possible. D’un autre côté, c’est vrai que pour un pays, il est important de garder les compétences nécessaires à son développement. Cela dit, nous sommes de plus en plus dans un monde mobile où les gens se déplacent pour des périodes plus ou moins longues, soit à l’intérieur de leur pays, soit à l’extérieur. Beaucoup cherchent des opportunités là où ils peuvent mettre le plus possible en valeur leurs qualités ou leurs compétences ou encore leur potentiel. Aller vivre à l’extérieur ne veut pas dire que l’on ne reviendra pas chez soi à un moment donné. Je pense que ce qui est particulièrement important, c’est de créer les conditions propices pour garder, au pays, les personnes compétentes pour qu’elles puissent réaliser leurs ambitions dans leur domaine professionnel.

Parlons de l’immigration. Mis à part les étudiants, le Canada a-t-il une politique d’émigration pour les catégories socioprofessionnelles ?
Il y a effectivement beaucoup d’étudiants étrangers au Canada, presque 200.000, et nous souhaitons en accroître le nombre. Au-delà, le Canada est un pays qui accueille de nombreux immigrants tous les ans, dont des ressortissants sénégalais. Certains viennent en vertu de politiques de regroupement familial, d’autres sont des  réfugiés sélectionnés pour des raisons humanitaires,  mais une grande partie est ce que l’on appelle des travailleurs qualifiés ou des immigrants économiques. Tous profitent des facilités et des opportunités offertes par le Canada mais également participent au développement de notre pays. Nous avons une communauté sénégalaise qui est croissante au Canada et qui apporte une contribution appréciée.

Concernant l’émigration, on constate, à Dakar, la prolifération d’agences qui proposent d’aider les gens à aller au Canada. Souvent, cela tourne à l’arnaque. Quelles sont les mesures prises par l’ambassade pour mettre un terme à ces pratiques ?
Tout candidat qui veut immigrer au Canada ou le visiter, peut obtenir les informations nécessaires sur nos  sites électroniques officiels. Tout est en ligne, que ce soit l’information ou les formulaires. Des agences proposent leur aide  mais nous ne pouvons malheureusement pas certifier de la qualité ou de la justesse de l’information qui y est véhiculée. Mais nous avons chez nous toute l’information et les gens peuvent s’adresser, soit à l’ambassade, soit aller sur les sites officiels pour voir quelles sont les modalités puisque tout y est décrit avec des liens et des informations.

En matière de sécurité, le continent est miné par plusieurs problèmes. Mais, on n’a pas beaucoup vu le Canada s’impliquer dans la gestion des conflits en Afrique notamment au Mali. Pourquoi cette neutralité ?
Le Canada a travaillé avec ses partenaires dans les différentes entités multilatérales, que ce soit aux Nations unies ou à la Francophonie pour appuyer les résolutions des crises dans différentes régions. Nous cherchons également à favoriser la restauration ou l’instauration, selon le cas, l’état de droit, du respect des droits et libertés, et des bonnes pratiques démocratiques. Mais, cela doit être un effort commun. Pour le cas du Mali, le Canada n’est pas resté neutre et a condamné fermement le coup d’état. En janvier 2013, le Canada a dépêché un avion de transport stratégique C-17 en appui logistique aux opérations au Mali. Par ailleurs, nous avons fait des  contributions de 10 millions de dollars en appui aux efforts internationaux de stabilisation au Mali et de 75 millions de dollars pour améliorer la sécurité alimentaire, la vaccination, et l’accès aux services de santé et d’éducation de base au Mali.

Le Canada est très regardant sur les questions de droits de l’homme et de la bonne gouvernance. Aujourd’hui, au Sénégal, il y a une dynamique qui va dans ce sens. Comment évaluez-vous la question des droits humains dans le pays ?
J’étais ici, il y a 20 ans, et je pense que le Sénégal a toujours été un pays phare en matière d’espace démocratique et de libertés. Je remarque que depuis lors, les acquis démocratiques du pays se sont consolidés. L’espace de libertés politiques et de libertés civiles qui était important s’est consolidé. Pour cela, le Sénégal est un exemple pour les pays de la région. Des progrès ont été faits, cela a été souligné récemment par la Fondation Mo Ibrahim qui a tenu une réunion à Dakar. La Fondation a souligné qu’il y a eu des progrès ces dernières années et notamment depuis un à deux ans au niveau de l’indice de corruption. Je crois qu’il est important de suivre cet indice parce qu’il est un des outils qui donnent une idée de l’état de la bonne gouvernance. Par ailleurs, le Canada va continuer à appuyer le Sénégal pour renforcer davantage les acquis en gouvernance et en transparence.

Le Canada collabore-t-il avec la justice sénégalaise dans le cadre de ce qu’on appelle « la traque des biens mal acquis » ?
Le Canada appuie les efforts du Sénégal pour lutter contre la corruption et retrouver des biens qui auraient été mal acquis. Il existe une série de mécanismes par lesquels la justice ou la police sénégalaise, selon le cas, peuvent demander l’appui des autorités canadiennes compétentes dans le cadre des enquêtes.

Le Canada a déposé un dossier aux Nations unies pour faire reconnaître sa souveraineté sur l’Arctique. Quels sont les véritables enjeux stratégiques sur cette zone ?
L’Arctique reste une priorité pour nous. Le Canada est baigné par 3 océans dont l’Océan Arctique. Au sein du Conseil arctique, nous collaborons avec les pays membres et  les pays observateurs pour s’adresser des questions relatives aux différents enjeux importants de la zone et tels que l’environnement, le transport maritime, et l’exploitation des ressources naturelles. L’Arctique est un environnement fragile. Les toutes demandes beaucoup de recherche et de collaboration.

Le Canada a une réputation de pays tolérant. Mais depuis quelques temps, le débat sur l’Islam y est agité. Dans un contexte marqué par la montée de l’islamophobie, quelle est la nature des relations que vous avez avec les pays musulmans ? Qu’est-ce qui explique ce changement de ton, notamment face à l’Iran ?
D’abord, je veux souligner que le Canada est un pays très tolérant. Cela se voit non seulement par notre charte des droits et libertés mais surtout par l’importance que nous accordons à sa mise en œuvre et à son respect.  Le Canada a de très bonnes relations avec les pays musulmans et l’Islam est la religion de plusieurs canadiens. Il y a une communauté musulmane d’environ 1 million de citoyens au Canada qui est très active et qui contribue à la prospérité du pays. Le ministre des Affaires étrangères du Canada, l’Honorable John Baird, a nommé un envoyé spécial auprès de l’Organisation de la Conférence islamique, il y a un an, afin de souligner l’importance de l’engagement du Canada avec les pays musulmans. La liberté religieuse est fondamentale à nos yeux et nous avons mis sur pied un bureau des libertés religieuses.

La politique canadienne a toujours mis l’accent sur le respect de l’état de droit, de la gouvernance démocratique et des droits de la personne. Pour nous, ce respect doit exister partout, que ce soit dans le monde islamique ou ailleurs dans le monde. L’Iran est un exemple. Depuis 10 ans, nous sommes, avec d’autres, dont l’Ue, parrains aux Nations unies, d’une résolution sur les droits de la personne en Iran qui fait état de nos préoccupations à cet égard. L’automne dernier, la résolution a été de nouveau adoptée. Elle reflétait l’évolution des circonstances en Iran qui ont suivies l’élection du président Rohani dont l’attitude, le style et le discours diffèrent de ceux de son prédécesseur. On accueille favorablement cette approche et le ton plus conciliant et notamment en ce qui concerne la diplomatie nucléaire de l’Iran. On tient compte également de la libération d’un certain nombre de prisonniers politiques. Mais, selon nous, la communauté internationale doit juger l’Iran sur les gestes et non sur les paroles. Le rapporteur de la situation sur les droits de l’homme en Iran qui relève du secrétaire général des Nations unies a affirmé que la situation des droits de la personne reste très préoccupante. La communauté internationale, par le biais de cette résolution sur les droits de la personne, doit continuer d’exercer des pressions sur l’Iran afin d’obtenir une amélioration marquée de la situation. Cette question est un exemple que les droits de la personne sont universels et ne doivent pas différer d’une région à l’autre.

Propos recueillis par Elhadji Ibrahima THIAM
et Ousseynou POUYE (avec la Rédaction)
Photos : Sarakh Diop


Kabiné Komara, Haut commissaire de l’Omvs: « Réussir la navigabilité du fleuve Sénégal est l’un de mes plus grands défis »

Kabine invit 3Le nouveau Haut commissaire de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (Omvs), Kabiné Komara, a décliné sa feuille de route  pour son mandat à la tête de l’organisation intergouvernementale qui regroupe le Sénégal, le Mali, la Mauritanie et la Guinée. Invité de la Rédaction du Soleil, il a été reçu par le Directeur général Cheikh Thiam, le Coordonnateur général des rédactions, Ibrahima Mbodj et le Rédacteur en chef central Daouda Mané. A travers cet entretien, il fait l’état des lieux de l’organisation et ouvre des perspectives prometteuses pour la structure. Toutefois, il compte inscrire son magistère sur une gestion rigoureuse et rationnelle des ressources dont dispose l’Omvs. Des réalisations en cours, des ouvrages hydro-électriques et de navigation fluviale, jusqu’aux grands chantiers d’avenir, l’ancien Premier ministre de la Guinée dit tout à la rédaction du Soleil.

Présentez-nous l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (Omvs).
Beaucoup de gens ne connaissent pas bien l’Omvs. Il y a, dans le monde, près de 120 à 150 organisations de bassins frontaliers. Mais, la plupart des pays autour de ces bassins sont dans des situations de conflit. L’Omvs est une structure unique en son genre dans le monde. Il y a trois principes fondateurs sur lesquels elle est basée. Premièrement, l’ensemble des cours d’eau appartient à tous les Etats, de la naissance jusqu’à l’embouchure. Deuxièmement, il y a la nécessité de dialogue  et de concertation. Troisièmement, quand un ouvrage est déclaré commun, il est financé, exploité et géré conjointement. C’est ce qui fait la particularité de l’Omvs. Le barrage de Diama, par exemple, n’est pas que la propriété du Sénégal. Il appartient aussi à la Mauritanie, au Mali… C’est la même chose pour le barrage de Manantali. L’Omvs était appelée, au départ, Organisation des Etats riverains du fleuve Sénégal (Oers). Cette structure  est née en Guinée, dans la ville de Labé où s’étaient réunis (les présidents) Sékou Touré, Léopold Sédar Senghor, Mokhtar Ould Dada et Modibo Keita, en 1968. Deux ans après, la Guinée, victime d’une agression militaire, s’était retirée de l’organisation, estimant que le Sénégal serait derrière cette agression. C’était en 1970. L’organisation était ainsi morte. En 1972, les autres pays se retrouvent en Mauritanie pour sauver le fleuve, dans le but d’avoir une source d’eau pour l’irrigation et pour la consommation humaine. Les années 1970 ont été très difficiles pour le Sahel à cause de la sécheresse. Le bétail était décimé et les cultures complètement rabougries. Le fleuve Sénégal, qui était le cordon ombilical entre ces pays, était en danger. L’eau remontait jusqu'à 250 km à l’intérieur des terres. L’Omvs, après sa création, a réalisé de grands ouvrages. Le premier qui est le barrage de Diama, servait à stopper la remontée de l’eau salée, mais aussi à stocker 500 millions de m3  d’eau. 100 % de l’eau potable de Nouakchott et 40 % de l’eau consommée à Dakar viennent de ces lacs. Cette eau permet aussi d’irriguer 150 km d’hectares de terre.

Le barrage de Manantali permet de stocker 11 milliards de m3 d’eau. Ce barrage produit également 200 mégawatts (MW)  d’électricité qui font l’objet de répartition entre le Mali, le Sénégal et la Mauritanie. Le Mali prend les 55 % et le reste est partagé entre le Sénégal et la Mauritanie,  interconnectés par 1.700 km de réseau électrique. Ce sont de grands acquis. En plus, il  existe des activités de protection de l’environnement. Je viens d’hériter cette organisation qui a tenté de se doter d’un schéma directeur d’aménagement du bassin. Nous avons identifié toutes les potentialités énergétiques, hydro-agricoles, de pêcherie, d’élevage avec des ambitions et des défis. Il faut être imaginatif, plus convaincant. L’Omvs a toutefois besoin des Etats, mais aussi de coopération pour faire face aux nombreux défis. Aujourd’hui, c’est une nouvelle équipe de trois personnes qui est à la tête de l’organisation.

Dans quel état se trouve actuellement l’Omvs ?
Sur le plan institutionnel, elle est basée sur des fondements solides. Elle a une bonne réputation auprès des bailleurs de fonds. Au plan humain, il y a des experts de qualité. S’agissant des projets, l’Organisation a une bonne vision. Par contre, pour les ouvrages, le barrage de Diama est devenu malade, 40 ans après sa construction. Il nécessite une forte réhabilitation. Le barrage de Manantali aussi est dans un état critique. Toutefois, des mesures ont été prises. Les déficits énergétiques des pays augmentent, alors que le potentiel existe. C’est frustrant. Et tout ceci, dans un contexte de nouveaux défis sécuritaires qui font que, par manque d’informations, certains bailleurs croient  qu’Al-Qaïda se trouve à la porte de nos Etats et se disent qu’il ne faut pas s’y aventurer. Il y a donc un plaidoyer à faire. Dans toute organisation, après une certaine durée de vie, il y a des réhabilitations à faire. Il faut une remise en question de certaines manières de procéder. L’institution doit se doter d’un outil de référence pour mieux asseoir une bonne gouvernance. Egalement, il nous faut une certification Iso pour convaincre les bailleurs de fonds que nous travaillons en suivant des normes. Il faut tout de même rationnaliser les moyens en essayant de faire le maximum possible sur peu de ressources en les conjuguant. Le plus important n’est pas d’aménager des terres, mais qu’elles soient exploitées rationnellement. L’amélioration de  notre façon de faire reste un défi  pour la nouvelle équipe.

Qui est-ce qui explique que nos pays ne parviennent pas à assurer l’autosuffisance alimentaire, même partiellement, malgré l’existence des ces vastes surfaces aménagées ?
 Le bassin du fleuve Sénégal ne couvre pas tout le Sénégal. 51 % de ce bassin se trouve au Mali, plus de 30 % en Mauritanie, 11 % en Guinée et 10 % seulement au Sénégal. Dans ce genre de situation, il faut identifier la zone que couvre le bassin,  savoir quelle est la stratégie de développement agricole du pays dans la zone concernée et faire une gestion harmonieuse et intelligente. Partant de ce constat, on peut voir que la plupart de nos pays ont des politiques agricoles pas des plus expertes. L’agriculture, ce n’est pas que des terres. C’est tout une scène (chaîne) de processus. Il faut des terres, il faut faire l’irrigation, avoir des semences, de l’engrais et du crédit agricole pour acheter des intrants avant la campagne et payer à la fin. Dans la plupart des pays, les intrants ne sont pas souvent disponibles ou bien ils ne sont pas de bonne qualité. C’est la même chose pour les semences. Le calendrier agricole n’est pas parfois maîtrisé par les paysans. En plus de tout cela, il y a les pertes après récolte. 20 à 30 % de la production se perdent. Si l’on n’analyse pas tous ces éléments  et si l’on n’a pas une approche systémique de façon à ce que le projet agricole intègre tous ces aspects dans son fonctionnement, le jeu est déjà faussé. Il y a des sociétés agricoles dans toutes les zones que nous avons aménagées. Au Sénégal, il y a la Saed, ce genre de société existe aussi en Mauritanie et au Mali. Ces sociétés nationales sont les interfaces entre nous et les Etats. Dans les nouveaux programmes que nous allons mettre en place, nous allons signer des contrats de performance avec ces sociétés. Il faut que toutes les zones que nous avons aménagées soient suivies de sorte que les éléments énumérés plus haut s’y retrouvent.

Kabine invit 1La construction de barrages a favorisé la prolifération des plantes aquatiques envahissantes, comme le  typha. Existe-t-il des mécanismes pour lutter contre le phénomène ?
La construction du barrage de Diama a eu des effets secondaires importants. Les plantes envahissantes qu’on appelle les typhas ont colonisé la zone du delta. Dans la nature, tout est lié. Dès qu’on touche un aspect, on bouleverse tout l’écosystème. Le typha couvre aujourd’hui plus de 50.000 hectares. Un hectare de typha consomme la même quantité d’eau qu’un hectare de riz. C’est un gâchis énorme. Beaucoup de recherches ont été menées. Il y a deux types de typha, mais l’un est plus résistant. Nous avons expérimenté la lutte biologique en introduisant une espèce venue d’Afrique du Sud qui a mangé une partie du typha moins résistant. Mais l’autre type de typha est, pour le moment, impossible à combattre. Le seul moyen de lutte dont nous disposons, pour l’instant, c’est de couper la plante, mais il régénère. Le typha empêche les populations riveraines d’avoir accès à l’eau, paralysant ainsi les activités de pêche. Il entraîne aussi des maladies puisque sous le typha, prolifèrent beaucoup d’insectes nuisibles. En relation avec des Néerlandais, nous allons assécher certaines zones colonisées par le typha avec des digues et les rendre cultivables. Cela nous permettra d’aménager 4.000 hectares de terres. Cela veut dire que nous allons gagner des superficies sur le typha. Il y a aussi d’autres propositions de valorisation du typha, en en faisant du charbon, par exemple. Mais je ne suis pas trop favorable à cette proposition parce que cela encouragerait à pérenniser le typha. Toutefois, cette végétation aquatique reste un gros problème dans le delta.

Comment se fait-il que l’Omvs ait un potentiel de 1500 MW et que les pays qui la composent connaissent un déficit en électricité ?
La Guinée a rejoint l’organisation seulement en 2006. Le fleuve Sénégal est long de 1.830 km. Il est le plus long de l’Afrique de l’Ouest. Il est composé de trois affluents : le Bafing, le Bakoye et la Falémé qui se déversent tous en Guinée. Le gage  essentiel se trouve donc du côté guinéen. L’entrée de la Guinée à l’Omvs a apporté une immense potentialité hydroélectrique. Mais, il fallait étudier tout cela, avoir un dossier bancable pour ensuite aller chercher le financement. En attendant, le bassin, côté malien, a été étudié. Il n’y a pas de site de barrage ni en Mauritanie, ni au Sénégal. Ils se trouvent plutôt au Mali et en Guinée. Le premier site, Manantali, a été déjà exploité. Un deuxième site (Félou) a été identifié, étudié et exploité. Il fait 60 MW et vient d’être inauguré. Gouina, un autre site, a été identifié. Nous venons de poser la première pierre. Ce site doit produire 140 MW d’ici à trois ans et demi. Un quatrième site, Gourbassi, toujours du côté malien, a été étudié. Il devra jouer un rôle de régulateur. Aujourd’hui, le fleuve Sénégal est régularisé à hauteur de 40 %. En créant le site de Gourbassi, nous atteindrons environ 80 %. Un autre barrage avec une capacité en énergie de 25 MW est aussi prévu. L’impact dans l’hydro-agricole et dans l’irrigation sera très important.

Par contre, les sites qui ont un impact et une capacité en énergie les plus importants sont en Guinée, en l’occurrence Koukoutamba qui, à lui seul fait 300 MW. Les deux autres produisent, au total, 300 MW. Rien qu’en construisant ces barrages, nous avons 600 MW du côté guinéen. Mais, ni la Banque mondiale, ni la Banque africaine de développement (Bad), ni un pays occidental ne peuvent financer individuellement ces barrages. Le seul pays qui peut facilement financer un barrage, c’est la Chine. Elle nous a prêté 420 millions de dollars (Ndlr 210 milliards de Fcfa). Il faut développer les autres types de partenariat. Je suis en train de convaincre les Etats en leur disant d’oublier la façon avec laquelle ils ont fait les barrages jusque-là, en leur conseillant de recourir au Partenariat public-privé (Ppp). Avec  l’hydro-électricité, on produit l’électricité à 35 FCfa le KW, alors que le thermique coûte, dans nos Etats, entre 100 et 200 FCfa le KW. Il y a un immense écart. Nous n’avons pas besoin d’endetter les Etats pour construire un barrage. Il faut appeler les privés pour le faire. L’essentiel, c’est de s’entendre sur le prix du kilowatt. C’est un travail de sensibilisation que je suis en train de faire en ce moment. En tant que banquier, le montage financier n’est pas un problème pour moi. Mais quand on dirige une organisation dont les gens ont, depuis 40 ans, une certaine façon de voir, il faut essayer de les convaincre un à un.

Les ouvrages de l’Omvs sont-ils bien entretenus ?
Un ouvrage, c’est comme un homme, il a besoin d’être entretenu. Le barrage de Diama, depuis près de 30 ans, n’a pas connu de grande réhabilitation. Trois raisons expliquent cette situation. D’abord, l’eau qui est facturée aux agricultures ne fait pas rentrer beaucoup d’argent, cela ne suffit pas pour assurer l’entretien du barrage. Ensuite, ce n’est pas tout le monde qui paye la facture. Enfin, il y a un problème de gestion rigoureuse de l’argent qui entre. Nous avons prévu de mettre en place un plan drastique de redressement de la Société  de gestion et d’exploitation du barrage de Diama (Soged). Nous avons pu négocier un prêt avec la Banque mondiale, dont une partie servira à réparer le dispositif électromécanique du barrage de Diama. Au barrage de Manantali, il y a trois fonds, mais ils ne génèrent pas beaucoup d’argent. Lorsque j’ai pris fonction, j’ai réduit de 25 % le budget de fonctionnement (de l’Omvs). Nous avons aussi contraint les Etats à augmenter les tarifs de 10 %. Nous avons trouvé aussi des fonds de réhabilitation. Cette réhabilitation a commencé depuis deux semaines et c’est pour trois ans.

On parle d’une éventuelle coopération entre l’Omvs et l’Uemoa. Qu’en est-il exactement ?
Parmi les quatre pays de l’Omvs, deux seuls sont membres de l’Uemoa : le Sénégal et le Mali. L’Uemoa à des programmes qui couvrent un certain nombre d’Etats. Nous sommes en train de négocier un programme de partenariat pour que la politique de l’Uemoa dans le domaine énergétique  puisse couvrir ces deux Etats de l’Omvs. La même chose est en train d’être négociée avec la Cedeao (la Mauritanie n’est plus membre de la Cedeao, Ndlr) et d’autres organisations.

Kabine invit 4Où en êtes-vous avec le Système intégré de transport multimodal ?
Le Système intégré de transport multimodal (Sitram) est le projet phare d’intégration type au sein de l’Omvs. Le fleuve était navigable avant, et  il y avait des quais. Ce nouveau programme comprend donc deux volets : la navigation sur le fleuve Sénégal et des routes d’accès. La navigation consiste à draguer le fleuve sur 905 km de long et 30 km de large. Nous allons aussi mettre en place une antenne de navigation pour la sécurité et un code de navigation. Nous avons déjà loué deux navires à une société. Maintenant, c’est le financement de la navigation que nous attendons. Il y aura également un port fluviomaritime à Saint-Louis. Au-delà de cela, nous allons faire un port minéralier à Saint-Louis pour débloquer les gisements miniers qui se trouvent des deux côtés, à Matam et aussi à Bogué (Mauritanie). Il y a également du fer au Mali. Si l’on rend le fleuve navigable avec des barges qui peuvent charger ces minerais et les convoyer jusqu’à Saint-Louis, ce sera l’occasion unique pour que ces gisements soient éclatés. Un chemin de fer coûte au moins un milliard de dollars (Ndlr 500 milliards de Fcfa) alors que la navigation coûte au maximum 600 millions de dollars. Réussir ce projet est mon deuxième plus grand défi.

La régularisation du régime fluvial du fleuve a entraîné un rétrécissement de la plaine inondable des cultures de décrue. Avez-vous trouvé une solution à ce problème ?
Nous sommes en train de trouver des solutions. J’ai donné mandat à ce que toutes les semaines, on montre le débit du fleuve pour que chacun voit son évolution.  Et c’est en fonction de cette évolution que les cultures doivent se faire en voyant s’il y a de l’alerte d’inondation ou pas. Et à partir de là, nous allons modifier les paramètres de gestion du barrage de Manantali. Quand on dit que le barrage de Manantali produit 850 MW/h, ce n’est pas durant toute l’année. A l’Omvs, tous les trois mois, les usagers de l’eau se retrouvent. Chacun dit la quantité d’eau qu’il souhaiterait avoir. C’est en fonction de cela que nous lâchons l’eau à partir de Manantali. Il y a tout un ensemble de paramètre à prendre en compte. Nous allons imposer à la Société de production de l’électricité de Manantali de lâcher beaucoup plus d’eau pour que ces zones soient inondées. Un barrage comme Gourbassi sur la Falémé peut aussi contribuer à lâcher une quantité d’eau qui s’ajoutera à l’eau de Manantali pour davantage augmenter les surfaces de décrue. C’est un jeu très intéressant qui demande des paramètres qui nécessitent des concertations. Avant, c’était simplement les électriciens qui géraient, mais  maintenant, nous avons intégré tout le monde.

Au vue de toutes ces potentialités dont dispose la Guinée, n’est-il pas un paradoxe que ce pays continue toujours d’être frappé par un manque d’électricité ?
Je parle en Guinéen. Ce pays est indépendant en 1958, dans des conditions extrêmement pénibles. La Guinée a ouvert la brèche des indépendances à cette époque en 1958, mais elle en a aussi payé le prix. J’étais directeur de Péchiney, l’enclave minière qui appartenait à la France pendant 10 ans à cette période.  C’est cette société qui donnait un peu de revenus à la Guinée. La construction du complexe avait commencé en 1956, la France était surprise lors que la Guinée à demandé son indépendance en 1958. Il était prévu de faire le barrage hydroélectrique et l’usine d’aluminium. Quand la Guinée a pris son indépendance, la France a imposé à la société de ne construire ni le barrage ni l’usine d’aluminium. Le barrage a été construit au Cameroun. Il y avait un potentiel électrique de 15.000 MW que le Guinée n’a pas pu mettre en valeur. Je pense que  l’histoire aussi n’a pas favorisé la Guinée. Il n’y a pas que le courant qui manque en Guinée, il manque aussi l’eau. Et pourtant, il pleut quatre mètres d’eau par an à Conakry, alors qu’il n’y a pas d’eau potable dans cette ville.

Le Sénégal avait un programme de revitalisation des vallées fossiles, notamment le canal du Cayor, mais la Mauritanie n’était pas d’accord. Qu’en est-il de ce projet ?
Pour les vallées fossiles, je pense que quand l’information n’est pas bonne, elle provoque souvent des écueils. Il faut un travail d’explication et de persuasion en amont pour que les gens comprennent. C’est tellement facile de détruire, mais tellement difficile de construire. Il y a toujours des gens qui ont intérêt à mettre des obstacles. J’estime que le projet n’a pas été bien expliqué aux Mauritaniens. C’est vrai qu’il y a une importante quantité d’eau jetée dans la mer. Mais je pense que le Sénégal n’a pas reposé le problème depuis.

Les inondations de Saint-Louis sont souvent mises sur le dos des lâchers d’eau de Manantali. Qu’en est-il ?
Contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, ce n’est pas l’eau lâchée par le barrage de Manantali qui cause les inondations. Dans le fleuve Sénégal, il y a deux affluents qui viennent après le barrage : la Falémé et le Bakoye. Les eaux de la Falémé  et du Bakoye viennent se jeter dans le fleuve Sénégal après le barrage. Pendant l’hivernage, même si l’eau est pendante à Manantali et que l’eau de la Falémé et du Bakoye continue, il n’y a rien à faire. Malheureusement, on croit que c’est l’eau du barrage qui vient à Saint Louis. Ce n’est pas du tout cela. Si on lâche, dans le fleuve Sénégal, un bout de papier à hauteur de Podor, il fait un mois avant d’arriver à Saint-Louis. Pour vous dire que l’eau coule très lentement. Ce sont les eaux non contrôlées qui viennent se jeter dans le fleuve qui font les inondations en aval. D’où la nécessité de créer des ouvrages de régulation sur ces deux autres branches.

Kabine invit 2Parmi les idées que vous agitez, il y a le concept « Bassin élargi et diversifié ». Que recouvre cette notion ?
Nous pensons qu’on  peut prendre des initiatives qui ont des impacts plus loin dans le bassin ou bien concevoir des activités en dehors du bassin qui ont un intérêt pour les populations. Quand on construisait le bassin, le solaire n’était pas d’actualité. Aujourd’hui, le solaire est devenu quelque chose de très abordable et  plus rapide à construire. Dans le bassin, il existe des zones où il y a de l’espace. On peut concevoir, dans ces endroits, des centrales solaires connectées sur notre réseau. Il faut encourager des initiatives privées allant dans ce sens. Mais, il faut persuader petit à petit les gens en leur disant que nous nous battons contre les déficits énergétiques, il y a des solutions scientifiques. Au lieu que chacun essaie de faire son petit solaire, l’Omvs peut encourager trois à quatre sociétés privées à le faire. L’autre chose, c’est de développer la pisciculture dans les lacs que nous avons ou bien sur les affluents des fleuves. C’est ce qu’on appelle bassin énergie diversifiée.

Quels sont les termes du contrat Sogem-Eskom qui couvre une période de dix ans ?
Quand le barrage de Manantali a été construit au départ, ce n’était pas pour produire de l’électricité. Mais les concepteurs ont été intelligents en faisant des réservations. Dix ans après, quand les Etats ont décidé de produire de l’électricité, ils se sont approchés des bailleurs de fonds occidentaux qui étaient réticents au départ. Ce sont les fonds arabes qui ont aidé à faire les premiers barrages. C’est par la suite que les Occidentaux ont décidé de se lancer mais en posant la condition de création d’une société spéciale qui va gérer les barrages. C’est ainsi que la Sociétés de gestion de l’énergie de Manantali (Sogem) a été créée pour gérer le barrage de Manantali. Ils voulaient avoir la garantie que ces sociétés vont facturer et encaisser l’argent pour les rembourser. Ils avaient aussi posé comme condition qu’il y ait un gestionnaire du barrage. Un appel d’offres avait été lancé pour trouver un gestionnaire du barrage. La société sud-africaine Eskom a été retenue. Quelques années après, cette société s’est rendue compte que ses prestations étaient supérieures à sa rémunération. Alors, elle a demandé à réviser le contrat. Ce que la partie Omvs avait refusé et cette société a voulu se retirer. Le Sénégal, qui avait de bonnes relations avec l’Afrique du Sud, est intervenu pour que nous renégociions le contrat sur une base beaucoup plus correcte en mettant en place un contrat intérimaire. Nous avons pu régler certains problèmes soulevés par le gestionnaire.

Propos recueillis par Ndiol Maka SECK, avec la rédaction
Photos :  Pape SEYDI


Aéroport international Blaise Diagne de Diass : Un premier jalon du pôle économique de Diamniadio

Après quelques mois d’arrêt, les travaux de construction de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) de Diass ont repris en octobre dernier. Aujourd’hui, leur niveau d’exécution est estimé à plus de 60 % et le premier avion devrait décoller en juillet 2015, assure son directeur général. Reçu par le Directeur général Cheikh Thiam et le Rédacteur en chef central Daouda Mané, il a indiqué  que l’aéroport va polariser une  grande zone économique autour de Diamniadio et Diass.

Monsieur le directeur général, à un moment, le chantier de l’Aibd était à l’arrêt. Qu’est-ce qui explique cette pause ?
Nous avons pris fonction le 13 février 2013. Au départ, nous avons eu beaucoup de difficultés. La société Saudi Binladin group réclamait 100 millions d’euros (65,595 milliards de FCfa) à Aibd et nos huit bailleurs de fonds avaient stoppé les décaissements, en attendant que nous réglions ce contentieux. Nous n’avions pas pu nous entendre, parce que nous estimions que cette société n’avait pas respecté ses engagements de livrer l’infrastructure dans les délais impartis. Les travaux avaient démarré en décembre 2007 et devaient durer 33 mois. Six ans plus tard, ils durent toujours. Donc, pour nous, il n’était pas question de satisfaire cette réclamation de Saudi Binladin group. Devant cet état de fait, nous avons mis en branle des pénalités de retard qui se sont chiffrées à 23 millions d’euros (15,087 milliards de FCfa). Etant pratiquement dans l’enlisement, nous leur avions demandé d’aller en arbitrage. Mais ils n’en voulaient pas. Finalement, nous nous sommes entendus et avons signé un gentleman agreement qui suspend leur réclamation et nos pénalités de retard afin de pouvoir terminer les travaux. C’est ainsi qu’avec le ministre de l’Economie et des Finances de l’époque, Amadou Kane, et le ministre des Transports et des Infrastructures, Thierno Alassane Sall, nous sommes allés rencontrer les bailleurs de fonds pour les convaincre de recommencer les opérations de décaissement afin que nous puissions terminer le chantier. C’est ainsi que le 29 septembre 2013, ils ont procédé aux décaissements et les travaux ont pu reprendre en octobre.
Depuis lors, le travail se poursuit normalement. Il faut préciser qu’en février 2013, l’avancement physique des travaux était estimé à 33 %, aujourd’hui, nous en sommes à 60 % d’exécution physique. Nous pensons pouvoir finir le gros du travail en décembre 2014. Ensuite, nous aurons six mois pour passer la certification ; ce sera entre janvier et juin 2015. Donc, nous pourrions avoir les premiers vols en juillet 2015. Par ailleurs, il faut comprendre que dans le package de Saudi Binladin group, il y avait des infrastructures que le Sénégal devait faire. Il s’agit des bâtiments administratifs où toutes les sociétés de la plateforme de l’aéroport de Dakar devront déménager. Nous venons de lancer les appels d’offres pour leur construction. Sans oublier le bâtiment de l’exploitant Fraport dont la construction lui revient.

Quel est le coût global du projet, la part de chaque partenaire et le montage financier qui a permis de le réaliser ?
Initialement, le coût du projet clé en main était de 350 millions d’euros (229,584 milliards de FCfa). Mais trois avenants s’y sont ajoutés. Actuellement, nous en sommes à 460 millions d’euros (301,740 milliards de FCfa). Aussi, nous avons eu recours à deux types de financements. D’abord, aux financements dits « crédits relais » estimés à 150 millions d’euros (98,393 milliards de FCfa). Ce montant a été réuni grâce à des banques commerciales, parce que lorsque nous signions le contrat en 2007, nous n’avions pas de financement sur le long terme. L’autre financement, c’est celui sur le long terme que l’Etat a pu décrocher en 2011 avec huit bailleurs de fonds. C’est une tranche conventionnelle, classique, qui a comme chef de file la Banque africaine de développement (Bad) et où on retrouve l’Agence française de développement (Afd), une banque sud-africaine, Ubc, la Banque ouest-africaine de développement (Boad), la Société financière internationale (filiale de la Banque mondiale). De l’autre côté, nous avons la tranche islamique qui a comme chef de file la Banque islamique de développement (Bid) et où on retrouve le Fonds saoudien et le Fonds de l’Opec. Les grands bailleurs, à savoir la Bad, la Bid, et l’Afd, ont contribué pour 70 millions d’euros (45,916 milliards de FCfa) chacun. L’Ubc a contribué pour 50 millions d’euros (32,797 milliards de FCfa), Sfi pour 30 millions d’euros (19,678 milliards de FCfa), la Boad pour 26 millions d’euros (17,054 milliards de FCfa) environs, et ainsi de suite. Le total fait 406 millions d’euros (301,740 milliards de FCfa) pour le financement sur le long terme. De son côté, l’Etat a pris une loi pour créer la Redevance des infrastructures aéroportuaires (Rdia), une taxe de 54 euros (35.421 FCfa) prélevée sur chaque passager au départ des aéroports du Sénégal pour la destination internationale et de 2 euros (1311,9 FCfa) pour une destination domestique. Cette Rdia est récupérée par l’Agence internationale des transports aériens (Iata) auprès des compagnies aériennes. Ensuite, il la reverse à Bnp Paribas où nous avons un compte séquestre. Cet argent est destiné à rembourser le financement sur le long terme. Le modèle qui a été mis en place permet, avec les prévisions de trafic, de rembourser la totalité des prêts sur 18 ans. Mais il était basé sur un taux de récupération de cette Rdia de 95 %. Malheureusement, avec les problèmes de Sénégal Airlines, qui récupère les taxes domestiques et quelques taxes sous-régionales, cette compagnie doit aujourd’hui 10 millions d’euros (6,559 milliards de FCfa) de Rdia non payée. Ce qui ramène le taux de couverture de la Rdia à moins de 90 %. Cela impacte sur notre modèle financier. Du coup, les bailleurs estiment que le projet court un risque important. Et à chaque fois que les bailleurs disent qu’il y a un risque, ce n’est pas bon signe. Cela rend les choses difficiles. D’autant plus que, d’après les contrats que nous avons signés, les huit bailleurs travaillent sur la base de l’unanimité et non de la majorité. C’est-à-dire quand il y a un problème et qu’un seul bailleur de fonds dit non, tous les autres disent non. C’est pourquoi notre décaissement a eu beaucoup de retard. Il a fallu de très âpres négociations. Quand les bailleurs de fonds sont venus visiter le chantier, ils étaient très surpris de l’avancement des travaux, c’est pourquoi ils ont accepté de décaisser. Cependant, ils ont indiqué que d’ici au prochain décaissement, prévu au mois de mars, le Sénégal doit fournir une lettre d’engagement pour payer les dettes de Sénégal Airlines au cas où cette compagnie ne les épongeait pas. C’est vraiment l’un des aspects contraignants du projet. Concernant le montage purement technique, c’est Saudi Binladin group qui a fait la conception de l’aéroport et un bureau d’études américain en a assuré le management. Ils sont en groupement pour la construction. Le contrôle des travaux est assuré par deux bureaux d’études français et tunisien. C’est Fraport qui va se charger de l’exploitation de l’aéroport à travers la société Daport qu’elle avait créée mais qui, aujourd’hui, est sous administration judiciaire. Nous sommes actuellement en négociation avec Fraport pour la création d’une autre société qui se chargera de l’exploitation de l’aéroport. Mais nous tenons à garder l’expertise Fraport, parce que nous sommes en concurrence ardue dans ce secteur, avec principalement Abidjan et Accra, pour gagner le hub sous-régional. Certes, Dakar est un hub naturel, car nous sommes à six et huit heures des grandes capitales européennes, d’Amérique du Sud et du Nord, mais il faut gagner en termes de gestion aéroportuaire, et la tendance est de confier cette gestion aux privés. En plus de cela, il nous faut ce pavillon national (Sénégal Airlines) qui, malheureusement, est dans une situation difficile. Mais le gouvernement s’est engagé à faire le nécessaire pour qu’au moins il continue d’exister, soit avec un ou des partenaires stratégiques. De même, nous voulons avoir un centre de maintenance aéronautique, comme du temps d’Air Afrique où le centre était établi à Dakar, afin de capitaliser ce savoir-faire et de faire la différence avec les autres. Aussi, un institut de formation aux métiers aéroportuaires est souhaité. Cela nous permettra d’avoir un package global pour pouvoir se vendre au niveau international. C’est tout cela qui peut faire de cet aéroport un véritable hub.

Est-ce que le décaissement est le seul problème majeur que vous avez rencontré ?
Non. Il y a avait un autre problème majeur ; celui lié au déplacement des populations. D’habitude, en matière de déplacement de populations, on indemnisait les déguerpis et ils s’en allaient. Mais pour ce cas-ci, il s’agissait de les déplacer et de les réinstaller. C’est une difficulté de plus. Mais à ce jour, nous avons construit 300 logements sur un total de 342 prévus. Chaque logement est constitué de quatre pièces sur une superficie de 400 m2. Dans le site de recasement, situé à quatre kilomètres de l’aéroport, nous devons réinstaller un village et deux hameaux. Nous avons aussi prévu de revaloriser les indemnités qui avaient été payés à ceux qui avaient des champs. Parce qu’à l’époque, elles étaient fixées par rapport aux barèmes du Sénégal. Mais avec la venue des bailleurs de fonds, il a fallu utiliser les barèmes internationaux. Aujourd’hui, l’argent est disponible pour payer ces reliquats. Parallèlement, nous donnerons aux populations qui ont accepté de se déplacer 150.000 FCfa pour le transport. En plus de cela, nous avons construit une grande mosquée sur le site de recasement et chaque village a sa propre mosquée. Nous avons érigé des « daaras », une école de 12 classes, une case de santé, plus un espace multifonctionnel pour les jeunes. Le remplacement des terres de cultures était également une difficulté, vu que dans la zone, il n’y a que des forêts classées. Il fallait demander 300 ha à déclassifier dans la forêt de Thiès. Bientôt, nous aurons le décret de déclassification. Nous n’avons pas voulu nous en arrêter là. Etant donné la présence de l’aéroport et de la zone économique spéciale où nous avons des possibilités de frets, nous avons décidé d’initier les gens à l’horticulture intensive afin de faire en sorte qu’il y ait beaucoup de récoltes dans l’année. Donc, dans ces 300 ha, il y aura une ferme destinée aux populations.

Les problèmes avec la société Saudi Binladin group ont causé le ralentissement  des travaux. Aujourd’hui, avec vos huit bailleurs, pouvez-vous nous affirmer que vos difficultés financières sont réglées ?
Les problèmes financiers ne sont jamais réglés. A chaque fois que les bailleurs sentent qu’il y a un petit risque, c’est le ralentissement dans les décaissements. Donc, on ne peut jamais dire que le problème est définitivement réglé. Le principe du décaissement est là, mais les conditions à satisfaire pour avoir l’argent sont là aussi. Déjà, pour le prochain décaissement, les banques nous ont signifié qu’elles ne décaisseront que lorsque le Sénégal s’engagera à éponger la dette de Sénégal Airlines. C’est une conditionnalité qu’il faut remplir. Sinon, pour le reste, Saudi Binladin group est à fond pour terminer le travail. Nous avions beaucoup de problèmes de communication, mais maintenant, un patron de Saudi Binladin group vient tous les mois au Sénégal. Ainsi, nous discutons des problèmes, nous les réglons et nous avançons. Bref, nous sommes dans une bonne dynamique avec cette entreprise.   

Le président Macky Sall et le ministre des Transports aériens, Omar Guèye, ont exigé que l’aéroport soit livré en fin décembre 2014. Et vous dites que le premier avion décollera en juillet 2015. Pouvez-vous nous expliquer ce décalage ?
Cette exigence des autorités, c’est surtout par rapport au contrat de Saudi Binladin group qui, je le répète, a beaucoup traîné. Mais ce n’est pas par rapport à l’ensemble des infrastructures qu’il y a autour de l’aéroport. Parce que comme je vous l’ai dit, il y a des infrastructures que l’Etat du Sénégal, par le biais du budget consolidé d’investissement (Bci), finance directement. Mais finir les travaux pour un aéroport, cela ne signifie pas démarrage effectif de ses activités. Il faut nécessairement qu’il soit certifié, car cela demande beaucoup de sécurité et de sûreté. Et l’ensemble des installations qui sont mises sur le site doivent être vérifiées, acceptées et certifiées par l’Oaci, qui a son répondant au Sénégal, à savoir l’Anacim. D’ailleurs, pour prendre les devants, nous avons commencé, avec l’Anacim, à certifier les parties d’ouvrage qui sont aujourd’hui en phase de finalisation. Après la fin des travaux, il nous faut une période de six mois pour avoir la certification. De ce fait, il n’y a pas un décalage, et le président de la République le comprend très bien. Il y a le Sommet de la Francophonie en novembre prochain, mais nous lui avons signifié que l’Aibd ne pourra pas être utilisé à cette occasion. Il s’y ajoute que les routes d’accès à l’aéroport ne sont pas encore complètement achevées. De même, les travaux de construction de l’autoroute Diamniadio-Aibd n’ont pas encore commencé et l’autoroute Aibd-Somone-Mbour est également en cours de construction. En conséquence, il faut que l’aéroport et toutes ses connectivités soient terminés pour qu’on puisse l’utiliser de manière optimale. Cependant, le chemin de fer n’est pas pour le moment compris dans ce package.   

Le porte-parole du Khalife général des Tidianes, Abdoul Aziz Sy Junior, s’était déplacé récemment sur le site de recasement pour discuter avec les concernés. Où en êtes-vous avec ce dossier ?
J’en profite pour remercier très chaleureusement le porte-parole du Khalife général des Tidianes. A l’occasion de la pause de la première de la grande mosquée du site de recasement, il a tenu un langage de vérité aux populations en leur disant, en un mot, que lorsque l’Etat veut quelque chose, il faut l’accepter et voir quels sont les meilleurs moyens pour approuver cela. Nous avons le sentiment que son discours a prospéré, parce qu’aussitôt après, beaucoup de gens qui étaient réticents au départ sont revenus à de meilleurs sentiments et se disent prêts à accepter notre offre. Cependant, il reste encore quelques récalcitrants, mais nous avons décidé d’inviter les organisations de défense des droits de l’Homme à s’impliquer dans les négociations. Elles se sont engagées à faire quelque chose. Le gouverneur de la région de Thiès avait donné une sommation de déguerpissement à l’un des villages qui impacte sur la bonne marche de notre travail et le deadline était fixé au 31 janvier dernier, mais nous avons décidé de différer cette mesure sur la demande de ces organisations de défense des droits de l’Homme afin de poursuivre le dialogue.

Avant de procéder au déplacement de ces populations, est-ce que vous avez tenu compte des réalités sociologiques ? Parce que voilà des villageois qui vivaient en concession et qui sont obligés de vivre entre quatre murs, ce qui diffère de leur mode de vie traditionnelle ?
La réalité sociologique de la zone avait conduit l’Aibd à prendre quelques précautions en signant notamment un contrat avec une Ong qui joue un rôle de facilitateur avec ces populations. Par exemple, nous avons discuté avec les populations en leur exposant le type de villas à construire pour eux. Le prototype qui a été proposé au départ a été fortement modifié. Mais il y a un dialogue continu. A mon arrivée, quand je suis allé les voir, ces populations m’ont dit qu’elles n’avaient jamais rencontré le directeur général de l’Aibd. Je leur ai dit que de jour ou de nuit, quand elles m’inviteront à discuter, je viendrai. C’est ainsi que j’ai tenu des réunions dans tous les villages concernés. On leur a montré, au cours d’un séminaire, jusqu’à quel point il était dangereux pour elles de rester sur place.   

Est-ce que vous avez pris des précautions pour que des constructions ne soient pas érigées dans les parages de l’Aibd ou qu’il n’y ait pas un encombrement humain comme c’est le cas avec l’aéroport de Dakar ?
Dès à présent, une pression foncière a commencé à s’exercer dans la localité. Tout autour de notre site de recasement, les terres ont été achetées par des promoteurs, et des constructions commencent à sortir de terre. C’est l’Etat qui doit prendre des mesures pour éviter cela. La manière dont cet aéroport a été conçu, du point de vue de l’avenir, est très bien. Nous avons 4500 ha, dont la moitié est occupée et l’autre réservée. Nous avons fait en sorte que la tour de contrôle soit au milieu pour que dans le futur, nous n’ayons qu’à faire des pistes et pas nécessairement de nouveaux bâtiments pour recevoir le maximum de passagers. Au départ, nous tablions sur trois millions de passagers, mais nous pouvons atteindre 10 millions de passagers. Donc, il faut que l’Etat prenne ses responsabilités pour préserver cette zone. Cela permettra d’éviter ce qu’on voit actuellement autour de l’aéroport Léopold Sédar Senghor. Nous ne construisons pas seulement un aéroport, nous sommes en train de développer un pôle économique. Si nous avons choisi Fraport, c’est parce que justement on veut avoir les standards internationaux en matière de gestion aéroportuaire. Toute occupation dans l’enceinte de cette infrastructure se fera sur la base de normes internationales, que ce soit au niveau de l’aérogare ou de l’accessibilité. On aura 700 places de stationnement, plus un emplacement pour 200 taxis.

Combien d’emplois l’Aibd va-t-il générer ?
A ce stade, nous ne pouvons pas avancer un chiffre. Mais cet aéroport va générer beaucoup d’emplois. Déjà, dans la construction, pour tout ce qui est métiers non qualifiés, la primauté a été donnée aux jeunes de la zone. Depuis le début, nous avons mis en avant la responsabilité sociétale de l’entreprise. Que ce soit du point de vue de l’emploi ou des actions sociales. Par exemple, chaque année, nous avons une caravane médicale destinée aux villages environnants. Plus de 500 jeunes ont été circoncis grâce à nos soins. Nous offrons des médicaments aux postes de santé de la zone, nous avons le programme «Lait à l’école», nous construisons des écoles, bref, nous sommes en train d’appliquer une véritable politique de responsabilité sociale de l’entreprise, et cela ira crescendo avec la société d’exploitation.

Devons-nous attendre à un aéroport écologique, étant donné que vous avez une direction environnementale ?
 Le souci environnemental et l’aspect social sont au cœur de notre programme. D’ailleurs, nous en avons fait le poumon de l’Aibd. Cela concerne aussi bien les déplacements des populations que le suivi des travaux. Nous sommes dans une zone industrielle où des accidents peuvent survenir, mais nous faisons une veille systématique pour préserver la sécurité des ouvriers qu’on équipe avec tout le matériel nécessaire. Nous veillons aussi à ce que les dispositifs de circulation soient bien surveillés. Même pour la conception de l’aéroport, nous avons fait dans le développement durable. Nous disposons d’une station de traitement des eaux usées qui se trouve à sept kilomètres de l’aéroport. Nous y drainons toutes les eaux usées de l’Aibd, les traitons là-bas et les renvoyons à l’aéroport où elles serviront à arroser les plantations. C’est vraiment une conception futuriste.

L’Aibd prévoit-elle une place particulière et un pavillon spécial pour la compagnie nationale sénégalaise ?
Si nous voulons gagner la bataille du hub aérien sous-régional, il nous faut une compagnie aérienne nationale. Et le président de la République l’a dit très clairement. C’est pourquoi il se bat pour relever la compagnie Sénégal Airlines. Malheureusement, une compagnie aérienne nationale coûte très cher. Mais il faut une bonne volonté politique, avec un partenaire stratégique et technique. En plus de ce pavillon que nous devons avoir, nous souhaitons disposer d’un centre de maintenance et d’un institut de formation.   

Allez-vous travailler avec les hôteliers de Mbour, Saly, Somone, etc. ?
En ce qui concerne les hôtels, nous utiliserons bien sûr Saly qui est à proximité. C’est d’ailleurs pour cela que l’autoroute a fait ce contournement qui, au lieu de suivre la route nationale, fait une bifurcation vers Somone afin d’avoir des sorties rapides vers toute la zone de Saly et revenir pour rejoindre la route nationale. Mais, nous avons prévu de construire deux hôtels à l’Aibd. Un de quatre étoiles et un autre de cinq étoiles de 8 et 12 milliards de FCfa, sous format partenariat public-privé. Il appartient aux opérateurs nationaux de se manifester, de les construire et de les exploiter. Déjà, il y en a qui se sont manifestés.

L’aéroport Léopold Sédar Senghor sera-t-il encore en activité quand l’Aibd sera fonctionnel ?
C’est clair ! Avec l’ouverture de l’aéroport Blaise Diagne, il n’y aura plus de vols commerciaux à l’aéroport Léopold Sédar Senghor où la situation est déjà alambiquée. Pour le reste, on va voir. Mais il faut lever une équivoque ; il y a des gens qui disent qu’il n’y aura même plus d’aérodrome à Touba, c’est faux. Au contraire, nous souhaitons même qu’il se développe des aérodromes régionaux modernes un peu partout, parce que c’est cela aussi un hub. C’est ce qui permettra d’attirer encore plus de touristes. Lorsque le touriste sait dès sa descente à l’Aibd qu’il peut prendre un autre avion pour se rendre à Ziguinchor par exemple, il viendra. Touba, aujourd’hui, est l’un des grands pourvoyeurs de touristes, surtout le tourisme religieux. Donc, nous souhaitons, avec l’objectif de 1,5 million de touristes que nous visons en 2016, que nous ayons encore des aérodromes comme celui de Touba.

Propos recueillis par Elhadji Ibrahima THIAM (avec la rédaction) - Sarakh DIOP (photos)


Edition du jour

Archives numériques

archives

Special Popenguine 2014

Election de Macky Sall - An II

Plan Sénégal Emergent

Supplément MCA-Sénégal

Spécial Maouloud 2014

Spécial Magal de Touba 2014

RETROSPECTIVE 2013

Cahier Education nationale

Journal 22eme FIDAK

40 ans d'Art et de Soleil

Supplément Enseignement supérieur privé

Spécial Maouloud 2013

Rétrospective 2012

Spécial Magal de Touba 2013

Spécial FIDAK 2012

Nos partenaires

 Vignette agetip bicis vignette
lonase vignette uasaid
unicf HUAW vignette apanews

Cres

mod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_counter
mod_vvisit_counterToday100155
mod_vvisit_counterYesterday129839
mod_vvisit_counterThis week822447
mod_vvisit_counterLast week1222131
mod_vvisit_counterThis month4209356
mod_vvisit_counterLast month3168139
mod_vvisit_counterAll days124188188

We have: 1162 guests, 2 members online
Your IP: 54.81.92.174
 , 
Today: Nov 28, 2014