Allocution de M. Cheikh Tidiane Diakhate, président du Conseil constitutionnel : « La démocratie sénégalaise a su résister aux turbulences annoncées et amplifiées »
Thursday, 23 May 2013 18:35
Voici l’intégralité du discours prononcé par le président du Conseil constitutionnel, Cheikh Tidiane Diakhaté, à l’occasion de l’audience solennelle de prestation de serment du président de la République du Sénégal, Macky Sall, hier, à l’hôtel King Fadh.
Monsieur le Président de la République,
Le 25 mars 2012, le peuple sénégalais souverain s’est exprimé, sans équivoque, en portant son choix sur votre personne, avec des suffrages à la mesure d’un plébiscite.
Le Conseil constitutionnel vous a déclaré élu dans sa décision du 30 mars 2012. Cependant, votre entrée en fonction en qualité de président de la République est soumise à une prestation de serment préalable, conformément à l’article 37 de la Constitution.
C’est l’objet de la cérémonie solennelle qui nous réunit aujourd'hui.
Une fois cette procédure accomplie, vous serez alors le quatrième président du Sénégal, depuis son accession à la souveraineté internationale, mais aussi le premier président né après l’Indépendance.
Le résultat de l’élection présidentielle est certainement le fruit de la persévérance dans la détermination de votre engagement et de vos convictions.
Mais, c’est, en outre, la victoire de la démocratie sénégalaise qui a su résister aux turbulences annoncées et amplifiées que seule la maturité du peuple a pu écarter.
Les pesanteurs et les contingences de tous ordres ont pu être dépassées sans remettre en cause le socle de la nation.
Et, c’est dans la plus grande transparence que les suffrages se sont exprimés, en dépit de certaines prédictions alarmistes.
Tous les observateurs et tous les acteurs ont unanimement reconnu le bon déroulement du scrutin.
La lucidité et le sens des responsabilités de tous ont contribué fortement à l’instauration d’une telle situation. C’est aussi l’opportunité de relever l’apport décisif du Ministère chargé des Elections, du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra) et de la Commission électorale nationale autonome (Cena) qui se sont tous acquittés de leur mission avec diligence.
Il faut, enfin, saluer le rôle déterminant joué par les Cours et tribunaux dans le cadre des Commissions départementales et de la Commission nationale de recensement des votes.
Pour sa part, le Conseil constitutionnel, seul organe habilité en l’occurrence à dire le droit, estime avoir joué sa partition avec responsabilité, sérénité et impartialité, malgré les contrevérités, agressions, insultes, menaces et invectives. Il a, dans sa plénitude, accompli son devoir avec comme bréviaire l’exhortation de l’écrivain Jérôme Carlos :
« Demain, dans le tir groupé de francs-tireurs embusqués, décochant, depuis leur sombre repère, des flèches assassines contre votre personne, {retenez que} c’est l’ambigu destin de ceux qui s’élèvent au-dessus du lot commun.
C’est dire que, où que vous vous tournez, vous n’avez ni faveur ici, ni grâce là. Soyez et restez votre propre ami. C’est-à-dire celui qui sait s’écouter lui-même pour n’entendre que la voix de la conscience ». C’est cette doctrine qui a permis au Conseil constitutionnel de procéder à une introspection à l’occasion du séminaire interne, tenu au mois de septembre 2011.
Quoiqu’on ait pu écrire ou dire à ce propos, une véritable réflexion a pu être menée sur la compétence d’attribution et l’interprétation qui en a été faite, sur le mode de nomination des juges ou encore sur l’accès, par le citoyen, à la justice constitutionnelle.
Aujourd’hui, c’est à un autre tournant qu’il faut se situer, celui de ce jour, et qui vous sert de point de départ.
Monsieur le Président de la République,
Au moment où vous êtes appelé à assurer et à assumer les plus hautes responsabilités de la République, le Conseil constitutionnel, par ma voix, vous exprime ses chaleureuses félicitations, à vous, à votre famille et à tous ceux qui n’ont cessé de vous soutenir.
Le Conseil constitutionnel souhaite, par ailleurs, que la foi qui vous a animé jusqu’à ce jour puisse continuer à guider vos actions pour un Sénégal meilleur sous tous ses aspects. C’est seulement ainsi que serait réalisée la mission qui vous est confiée par vos compatriotes.
J’ai le sentiment que vous pouvez y parvenir grâce à vos qualités et aptitudes personnelles, attestées par un remarquable et inédit parcours, pour avoir déjà été, successivement, ministre de l’Energie, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, Premier ministre, et Président de l’Assemblée nationale. Les deux principales mamelles de la République vous sont ainsi familières.
C’est pour dire que vous êtes en terrain connu et que ces différentes expériences qui constituent autant de sources d’enrichissement, augurent aussi de votre maîtrise du fonctionnement de l’Etat.
Vous savez aussi pouvoir vous appuyer sur tous ceux qui vous ont accompagné pendant cette période de dur labeur et qui partagent avec vous les mêmes ambitions pour le Sénégal.
Et s’il faut « libérer l’avenir », nul ne devrait pouvoir rester à l’écart de cette orientation d’utilité citoyenne.
Dans cette perspective, je crois pouvoir dire, avec votre permission, que ce défi est à votre portée.
La décision du Conseil constitutionnel, du 30 mars 2012, vous déclarant élu président de la République, en constitue le signe expressif, mais aussi le sillon du devoir.
Monsieur le Président de la République,
Il y a tant de frustrations, tant de souffrances et, parfois aussi, tant de désespoirs dans nos sociétés que l’urgence s’est pratiquement installée partout : l’emploi, surtout des jeunes, l’énergie, le coût de la vie, la vitalité de nos entreprises, la prise en charge des personnes vulnérables, sans occulter la dynamique de nos institutions. Il y’a là tellement d’impératifs que l’on peut croire que tout reste à faire. Mais la réalité est différente : les progrès réalisés à plusieurs niveaux ne semblent pas avoir répondu à l’attente satisfactoire des Sénégalais.
Il y a lieu, sans aucun doute, de rénover et surtout d’innover. A cet égard, la sujétion est, certes, abyssale, mais elle est à la dimension des besoins incompressibles du citoyen.
Monsieur le Président de la République,
C’est à vous que cette lourde mission échoit ; c’est à votre honneur, c’est aussi dans vos responsabilités.
Vous avez avec vous la symbolique de l’espoir et la volonté de ne pas décevoir ; votre réussite est donc possible, car elle est tributaire de cette conjonction.
Le Conseil constitutionnel tient enfin à exprimer sa très haute considération à vos pairs, chefs d’Etat, chefs de Gouvernement, à leurs représentants et à vos invités. Le Conseil est honoré de les accueillir sur cette terre d’hospitalité et de téranga.
Monsieur le Président de la République,
Veuillez vous lever :
Le Conseil constitutionnel va recevoir votre serment.
Le Conseil constitutionnel donne acte à Monsieur Macky Sall, président de la République de sa prestation de serment.
Le déclare installé dans ses fonctions et ordonne que du tout, il sera dressé procès verbal, conformément à la loi. L’audience est levée.
Le titre est de la rédaction.