A LA UNE

Macky Sall à la grande mosquée de kédougou : L’imam exhorte à combattre l’insécurité

Comme à chaque Conseil des ministres délocalisé, le chef de l’Etat Macky Sall a prié hier vendredi, à la grande mosquée de Kédougou. Au cours d’un court sermon,  l’imam de la ville, El Hadj Yaya Diallo, a demandé au président de la République de tout mettre en œuvre pour venir à bout de l’insécurité qui gagne en importance dans la région, surtout dans les zones d’orpaillage. Depuis quelques temps, les forces de sécurité (armée, gendarmerie, police) ont multiplié les patrouilles. Elles sont partout présentes dans la ville de Kédougou.
Dès son arrivée à Kédougou, le mercredi 16 avril, le chef de l’Etat avait procédé à la pose de la première pierre de l’hôtel de police de la ville qui abritera le commissariat et le service des renseignements. Un acte apprécié par le maire de la ville Moustapha Guirassy et le président du Conseil régional Mamadou Makalou. Dans la lutte contre l’insécurité dans cette partie du pays, 500 éléments des forces de sécurité seront déployés sur les sites d’orpaillage.  L’Etat procédera à une définition des couloirs d’orpaillage et à une identification des chercheurs d’or qui seront munies de cartes infalsifiables.
Le gouvernement a également décidé de renforcer le contrôle des conditions d’exploitation de l’or. L’imam de la ville, El Hadj Yaya Diallo, a aussi formulé des prières pour la paix au Sénégal et une réussite de l’action gouvernementale. Dans quelques maisons situées aux alentours de la grande mosquée de la ville, des enfants, des jeunes, garçons et filles, étaient perchés sur les toits pour voir le président de la République.

Le chef de l’Etat inaugure le centre culturel de Bandafassi aujourd’hui
Le président Macky Sall termine sa visite aujourd’hui dans la région de Kédougou. Mais avant de quitter, il inaugure, ce samedi, à Bandafassi, un centre culturel dédié aux ethnies minoritaires de la région que sont les Bédicks, les Bassaris, les Djallonkés et les Koniankés. Le centre est financé par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).   


De notre envoyé spécial Mamadou GUEYE


Fin du temps de carême : Les Chrétiens célèbrent Pâques ce week-end

Après 40 jours jeûne, de prière et de privation, les chrétiens célèbrent ce week-end la fête de Pâques. Des messes seront dites dans toutes les églises et basiliques. A Dakar, le cardinal Théodore Adrien Sarr préside les messes de la nuit pascale et du dimanche de Pâques à la cathédrale Notre Dame des Victoires. Hier, pour marquer la fin du temps de carême, les fidèles chrétiens de la paroisse des Martyrs de L’Ouganda ont revisité les étapes de la passion et de la crucifixion de Jésus-Christ.
Vendredi Saint, jour de la souffrance et de la mort de Jésus-Christ. Arrêté à cause de fausses accusations, jugé par le Conseil des prêtres et par le gouverneur romain Pilate, Jésus est abandonné par ses amis, renié par Pierre et chargé d’une croix trop lourde. C’était un supplice honteux, une mort douloureuse et déshonorante. Mais Jésus, malgré ses pouvoirs, accepte tout, insultes, crachats, humiliations, coups, tortures, sans rien dire. Ses seules paroles sont le pardon et la consolation. 
Comme le peuple de Jérusalem, les jeunes de la paroisse des Martyrs de l’Ouganda, habillés en différentes couleurs dont le rouge pour les soldats, ont fait revivre aux fidèles des moments sombres qui ont conduit Jésus-Christ à la crucifixion. A l’image de Jésus, un jeune de la paroisse a porté cette lourde croix et a souffert pendant plus d’une heure de temps parce qu’il a été « battu par les soldats romains après sa condamnation par Pilate ».

Jésus-Christ, fils de Dieu
Et comme chaque vendredi Saint, les paroissiens des Martyrs de l’Ouganda ont revisité les quatorze stations de la passion du Christ. Ils ont commencé le rituel par la première station où Jésus, dès le départ, est condamné. Cette condamnation a débuté par une longue marche vers la mort  en passant par les chutes et les moqueries du peuple juif. Malgré ces nombreuses chutes, le Christ se relève et poursuit son chemin jusqu’à sa rencontre avec « Simon de Cyrène » qui l’aide à porter la croix ; au moment où une  jeune fille des Martyrs de l’Ouganda jouant le rôle de Véronique essuya le visage de Jésus-Christ avant qu’il ne rencontre à la 10ème station les femmes de Jérusalem en larmes.
Malgré la fatigue, Jésus déclare : « Femmes de Jérusalem ne pleuraient pas pour moi, mais pour vous-mêmes et vos enfants », répété avec une voix forte par le jeune paroissien des Martyrs qui a porté la casquette de Jésus en ce jour de vendredi saint. Quelques minutes après, il retombe sous les regards impuissants de ces disciples avant d’être cloué à la 11ème station sur la croix pour les besoins de la crucifixion.
Avant de mourir sur cette fameuse croix, Jésus implore son père pour qu’il pardonne à tous ceux qui l’ont conduit à la mort. Une mort marquée par un tremblement de terre et aussitôt la nuit tombe à Jérusalem, pourtant il ne faisait que  15 heures. Ces événements ont poussé les soldats et autres personnes à reconnaître que Jésus-Christ était vraiment le fils de Dieu. Quant aux fidèles de la paroisse des Martyrs de l’Ouganda, ils ont été gagnés par la tristesse et le soulagement.
« Je suis triste de voir un homme humilié devant une foule alors qu’il n’a rien fait de mal », a soutenu Mme Marthe  Mbengue. Par contre, Anne Marie Diouf est soulagée parce que Jésus « a accepté toutes ces souffrances pour sauver les hommes du péché ». Ce chemin de croix met un terme aux 40 jours du temps de carême 2014.
Joyeuse Pâques à toute la communauté chrétienne !    

Eugène KALY


Amélioration des conditions de vie des personnes du troisième âge : Vers l’institution du « minimum vieillesse » et de la « pension minimale de retraite »

Un atelier de partage des études effectuées par la  Commission de supervision et de régulation des institutions de sécurité sociale (Cosriss)  et l’Ipres est ouvert hier à Dakar. Il a pour objectif de déterminer  le montant  du « minimum vieillesse » et de la pension minimale par rapport  aux niveaux de pauvreté et des pensions servies.
Pour améliorer les conditions de vie des personnes du troisième âge, la Commission de supervision et de régulation des institutions de sécurité sociale (Cosriss) avait piloté une étude en 2009. L’instauration d’une allocation de solidarité aux personnes âgées dénommée « minimum vieillesse », l’institution d’une pension minimale de retraite et l’instauration d’une assurance médicament pour les retraités ont été recommandées.
Selon le président de la Cosriss, Alpha Ndiaye, des services compétents de l’Ipres ont été saisis dans ce cadre pour  effectuer  des simulations actuarielles du « minimum vieillesse » et de la pension minimale suivant différentes hypothèses. «Cette rencontre est le lieu de partager  avec tous les acteurs concernés par la prise en charge des personnes âgées ces études commanditées en vue  de proposer  différents montants de prestations à allouer et de déterminer le coût global du financement », indique-t-il. A l’en croire, la pension minimale est une allocation complémentaire  accordée à toute personne bénéficiaire d’une pension de retraite de l’Ipres  pour que le montant  de ses prestations  atteigne un niveau jugé comme un minimum vital.
« La mise en place  du "minimum vieillesse" concerne toutes les personnes âgées  de 60 ans et plus qui n’ont jamais été affiliées à un système de retraite ni au niveau du Fonds national de retraite ni à l’Ipres », informe-t-il.

Supprimer la pauvreté chez les personnes âgées
D’après l’auteur de l’étude, le Pr Latif Dramani, par ailleurs coordonateur du Centre de recherche en économie et finance appliquées de Thiès, l’étude a révélé que  les personnes âgées de 60 et plus sont déficitaires et peinent à pouvoir financer leur consommation. D’où l’intérêt d’instaurer, pour ces derniers, une pension minimale et un « minimum vieillesse ». « Si l’on regarde le montant à donner, pour qu’il puisse avoir un minimum vital et vivre dans les conditions décentes, il  y a des  montants qu’on estime à 18.000, 30.000 ou 56.900 FCfa », argue-t-il. Non sans préciser que les stimulations faites dans l’étude révèlent que même si on donne 56.000 FCfa, cette somme ne contribue que de 10% de ce qu’on devrait donner à un individu pour qu’il vive normalement.
Le  Pr Dramani propose qu’il y ait une dynamique de complémentarité. «Ce n’est pas que l’Etat qui doit donner de l’argent à ces personnes âgées, il y a aussi le système privé. Il  faut qu’il y ait une synergie entre ces deux secteurs », dit-il. Présidant l’ouverture de l’atelier, le ministre de la Fonction publique, Mansour Sy, indique que l’instauration et le financement du « minimum vieillesse » et de la pension minimale au Sénégal  sont des mesures susceptibles d’alléger voire supprimer la pauvreté chez les personnes âgées. « Nous sommes convaincus que l’extension significative du champ de la couverture sociale  aura un impact certain  sur la relance  de la consommation », souligne M. Sy. 
Car, soutient-il, les transferts non contributifs, à travers l’assistance sociale, permettent aux populations pauvres de disposer d’un revenu minimum, de moyens de subsistance et de soins de santé acceptables.

Maguette Guèye DIEDHIOU


Archives de l’AOF : Un fonds de 3 km à numériser

Les trois experts français et les cinq archivistes sénégalais chargés de piloter le projet de numérisation des archives de l’Aof ont terminé leur travail de prospection jeudi dernier. Ils ont estimé le fonds à numériser à 3 km, soit plus de 3.000 tablettes d’un mètre remplies. Cette opération pourrait aboutir à la fin 2015
C’est un travail colossal qui se profile à l’horizon pour numériser les archives de l’Afrique occidentale française (1895-1958). Au Sénégal depuis le début de la semaine pour examiner l’état de conservation et de la disponibilité de l’ensemble des documents entreposé aux Archives nationales, des experts français, aidés d’archivistes sénégalais, ont estimé le fonds à numériser à plus de 3 km, soit plus de 3.000 étagères ou tablettes d’un mètre remplies. « C’est un fonds extrêmement important. Ce sera une mission très longue parce que nous sommes sur une échelle gigantesque. Nous nous sommes assurés de la présence physique des documents déclarés existant avec les archivistes sénégalais sur place. Et après avoir vérifié l’état de leur conservation, nous estimons que ces archives sont communicables ; autrement dit, ils ne sont pas abîmés au point de ne pas pouvoir être numérisés », a expliqué, jeudi, Benoît Van Reeth, directeur du Centre des Archives nationales d’Outre-mer, lors d’une rencontre avec la presse. De retour en France, le chef de la mission a indiqué qu’un rapport sur la faisabilité technique de cette opération sera établi et un cahier des charges élaboré avant qu’un appel d’offres international ne soit lancé.
Selon lui, si la France et le Sénégal ont décidé de numériser ces fonds importants de l’Aof, c’est pour leur donner encore plus une chance de durée et de rayonnement. Ainsi, la première étape va consister à numériser d’abord les archives qui ont été déjà microfilmés à partir de la fin des années 1950, soit un peu plus de 1 km d’archives. Et pour le reste des documents, ils passeront directement du support papier au support numérique sans passer par le microfilmage.

Trouver les moyens
Cependant, avant d’en arriver là, il faut bien que le budget nécessaire à cette opération soit réuni. Car, comme la souligné Van Reeth, « c’est un projet lourd techniquement, humainement et financièrement ». Sur cette question, ses collègues et lui comptent mettre sur la table de solides arguments pour disposer des fonds nécessaires. « Les archives de l’Aof sont inscrites au registre « Mémoire du monde », c’est l’équivalent de patrimoine de l’Humanité de l’Unesco. Elles ont donc une portée mondiale, c’est un argument fort pour trouver des financements. Le deuxième argument sera de dire que nous allons numériser et que nous aurons plusieurs millions de vues », a défendu le directeur des Archives d’Outre-mer.Une fois ces archives entièrement numérisées, elles seront mises en lignes afin que le chercheur, quel que soit son lieu de résidence, puisse y avoir accès sans avoir besoin de venir jusqu’à Dakar pour voir les originaux. Le chef de fil des experts français a assuré que ce projet est soutenu par les plus hautes autorités du Sénégal et de la France et pourra aboutir, dans les meilleures conditions possibles, d’ici à la fin 2015. Pour ce faire, un comité technique composé de trois archivistes français et de cinq archivistes sénégalais a été déjà mis en place.

Une partie des archives diffusée au prochain Sommet de la Francophonie
D’ici le Sommet de la Francophonie prévu au mois de novembre prochain, l’opération de numérisation des archives de l’Aof sera loin d’être terminée. Mais, Benoît Van Reeth a révélé qu’ils diffuseront, lors de cette rencontre, une partie de ces documents à partir du fonds déjà microfilmé. « Il est clair que nous n’aurons pas le temps de créer un site Internet pour diffuser toutes les images. Mais, on va sélectionner un certain nombre d’images du stock d’un millions d’images que nous avons, on va les mettre dans un serveur et on les diffusera. Ainsi, on donnera aux participants un avant-goût de ce que sera le site Internet une fois que l’opération de numérisation sera terminée », a-t-il assuré.                                  

Elhadji Ibrahima THIAM


Plus de trois ans après la fuite de Ben Ali : La Tunisie, une révolution au goût d’inachevé

L’adoption, le 26 janvier, d’une nouvelle Constitution et la mise en place d’un gouvernement de technocrates a provoqué une détente politique en Tunisie. Mais les difficultés économiques et le chômage massif des jeunes donnent un goût un peu amer à la révolution qui avait suscité un grand espoir.
Une fine pluie accompagne les voyageurs qui débarquent à l’aéroport Tunis Carthage, ce mardi 25 mars. L'Europe est proche. Dès l'aéroport, on a une idée de la crise économique qui frappe le pays. Les taximen essaient de soutirer le maximum aux voyageurs étrangers. L'un d'eux me réclame 50 dinars tunisiens (22,7 euros) pour un trajet qui en vaut 15 (de l'aéroport Carthage au quartier touristique de Gammarth). Il se fait larmoyant : « Monsieur, ici, c'est la crise et j'ai une famille à nourrir... » Je refuse de céder et finis par trouver un compromis avec un autre taximan. « 15 dinars ! » me dit-il. Mais en cours de route, lui aussi veut me soutirer quelques dinars de plus, arguant qu'il a deux fils à nourrir et que la fréquentation touristique, l’une des principales sources de revenus du pays, a beaucoup baissé depuis la révolution.  Ce qui a fortement impacté sur son activité. Je finis par lui donner 18 dinars. S’il y a des taximen véreux, d’autres sont plus respectueux de la loi. « Le compteur, c’est halal, le reste, c’est ‘‘haram’’ (prohibé) », nous martèle un autre taximan, soucieux de « ne gagner que du licite ». A l’arrivée, la différence est nette : le compteur affiche 10 dinars, là où les autres n’en demandent pas moins de 18.
Pourtant, les signes de développement sont nombreux dans ce pays plus européen qu'africain. Dans la capitale, Tunis, les infrastructures (routes, ponts, échangeurs) n'ont rien à envier à ceux des pays développés. Les dômes des mosquées sont visibles à travers la magnifique architecture citadine. La nuit tombant, on aperçoit, de loin, le quartier touristique de Sidi Bou Saïd percé sur une falaise dominant Carthage et le golfe de Tunis. Sur la route de l’aéroport bordée de fleurs (le célébre jasmin), le printemps tunisien s’affiche dans toute sa splendeur ; le printemps politique aussi : les drapeaux en berne sont visibles dans toute la ville.
Même si la ferveur politique a baissé d’un cran depuis la constitution d’un gouvernement d’union nationale dirigé par Mehdi Jomaa depuis le 29 janvier dernier.
L’avenue Bourguiba, haut lieu de la contestation qui a fait tomber Ben Ali, puis théâtre des manifestations contre le gouvernement dominé par Ennahda après les assassinats des députés Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, a retrouvé l’ambiance des jours ordinaires. A côté des vendeurs de fleurs, quelques piétons s’arrêtent pour griller une cigarette en discutant. Ici se croisent les deux visages de la Tunisie depuis la révolution : d’un côté des femmes portant des jeans moulants et chevelure au vent, de l’autre des femmes voilées et des hommes barbus. Cette fracture se reflète dans le discours politique des uns et des autres. Depuis la révolution, les langues se sont libérées. Les Tunisiens expriment volontiers leurs opinions politiques. Fares, cadre dans une société d’assurance, est l’exemple type du camp laïc. Il garde un mauvais souvenir de l’expérience Ennahda : « Ils n’ont rien foutu de bon. L’économie est exsangue et les touristes ont déserté le pays. Ils ont bouffé l’argent et il n’y a plus de travail ». Un jugement que ne partage pas ce fervent partisan d’Ennahda qui garde l’anonymat. Loquace, il s’épanche largement sur l’héritage de Ben Ali qui, avec son clan, avait fini de vampiriser l’économie tunisienne. Notre interlocuteur va jusqu’à nous révéler que l’hôtel où nous logeons appartenait à Leïla Trabelsi, la femme de Ben Ali. Défendant le bilan des islamistes, il estime que le front social n’a pas facilité les choses au gouvernement dominé par Ennahda, avec « 40.000 grèves » répertoriées dans différents secteurs. S’ils restent politiquement divisés, entre islamistes et laïcs, ou entre salafistes et modérés, les Tunisiens s’accordent sur un point : la nécessité d’un retour à la normale et la relance de l’économie. « Ce que nous attendons du gouvernement qui sera élu à l'issue des élections [prévues avant la fin de l’année], c'est la liberté, la sécurité et le travail. Mais pour le moment, il faut laisser le gouvernement intérimaire travailler », confie Sami.

Absence de culture démocratique
A la Marsa, banlieue de Tunis, vit une certaine classe aisée et quelques étrangers. Des fonctionnaires internationaux pour la plupart. Les rues sont presque vides. Quelques travailleurs qui se sont attardés au bureau hèlent un taxi. Dans un petit restaurant chic, situé à côté du grand centre commercial le Zephyr, la clientèle est composée de personnes de tout âge. Entre la guitare qui accompagne la chanteuse de nuit et l'environnement réchauffant, on se croirait dans un casino de Las Vegas. Même si, bien sûr, il n'y a pas de salle de jeu. Les étrangers aiment surtout y venir apprécier la nourriture tunisienne.
Alena Sander, une allemande qui travaille à la Giz, l'agence allemande de développement international, a ses habitudes dans cet endroit. Elle qui vit à Tunis depuis plus d'un an, porte un regard singulier sur ce pays. Selon elle, aujourd’hui, de nombreux Tunisiens semblent regretter la révolution. « En effet, depuis la fuite de Ben Ali, beaucoup de choses ont changé – et ce pas toujours dans le bon sens. Deux ans et demi après la révolution, la Tunisie se trouve toujours en transition d’un régime à un autre, sans que l’on sache dans quelle direction elle va », écrit-elle dans son mémoire consacré au rôle des femmes dans la révolution tunisienne. « Un des plus grands problèmes consiste au manque d’expériences démocratiques des Tunisiens, ajoute-t-elle. Ayant toujours vécu sous des régimes plus ou moins autoritaires, la plupart des Tunisiens n’ont jamais appris comment se fait l’application des droits et des libertés, dont la liberté d’expression, de presse, de réunion ou de religion. Le fait que ces libertés aient été créées presque d’un jour à l’autre peut être extrêmement problématique dans une société dont le niveau d’éducation est relativement bon, mais dans laquelle l’accent n’a jamais été mis sur l’éducation politique et citoyenne ». Maintenant que les questions relatives au statut des femmes, au rôle du sacré et à la liberté de conscience sont tranchées par la Constitution, reste les questions économiques.

Pr. Yadh Ben Achour, universitaire tunisien : « On a mis en place les fondements d’un Etat réellement démocratique »
Ancien président de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, le Pr. Yadh Ben Achour a joué un rôle clé dans la transition démocratique en Tunisie après la chute de Ben Ali. Présent à Dakar pour animer une conférence sur le thème : « Révolution, Constitution et transition démocratique en Tunisie », il nous livre sa réflexion sur les acquis de la révolution (notamment en matière de libertés) et les défis qui attendent le gouvernement qui sortira des urnes d’ici la fin de l’année.
Près de trois ans et demi après la fuite de Ben Ali, quels sont les acquis de la révolution tunisienne ?
Premièrement, depuis la révolution, il s’est passé quelque chose de fondamentalement nouveau en Tunisie, c’est que maintenant, nous goûtons à la liberté et ses conséquences, notamment au niveau de la créativité de l’art, qui se développe de manière remarquable. Du reste, les artistes ont joué un grand rôle dans la révolution, à côté des jeunes et des femmes. Il y a aussi la liberté de la presse, la liberté d’édition, de réunion, d’expression, de manifestation, etc. Toutes ces libertés étaient de grandes inconnues pour nous. Deuxièmement, malgré les difficultés et les crises, nous avons gagné le pari d’une Constitution démocratique avec un gouvernement et une Assemblée constituante islamistes – ce qui est un grand paradoxe. C’est une Constitution démocratique en ce sens qu’elle reconnaît à l’article 2 le caractère civil de l’Etat, qu’elle consacre toutes les libertés fondamentales et qu’elle limite les prérogatives du législateur. On a supprimé l’article 146 qui reconnaissait l’Islam comme religion d’Etat, on a créé une Cour constitutionnelle qui, j’espère, commencera bientôt à fonctionner. On a donc mis en place les fondements d’un Etat réellement démocratique. La troisième chose que nous avons gagné, et j’aurais du commencer par là, c’est l’instauration du débat public sur toutes les questions de société. Cela veut dire que cette Constitution n’a pas été instaurée du haut de l’Etat, comme sous Bourguiba. Tout ce que nous avons obtenu est le fruit d’un consensus horizontal, et la presse y a joué un rôle important.

Les islamistes sont encore très présents dans la société tunisienne et dans la vie publique. Est-ce que la menace salafiste est écartée pour toujours ?
Une menace salafiste n’est jamais écartée, parce que le salafisme existe dans le parti majoritaire lui-même, indépendamment des partis purement salafistes, comme Ansar Al Charia. Je crois que la grande erreur que les régimes antérieurs ont commise, c’était d’exclure les partis islamistes du pouvoir et de les avoir persécuté. Ce qui les a consolidés au lieu de venir à bout de l’islamisme politique. Ce qui explique le succès des partis islamistes lors des élections du 23 octobre 2011 ayant joué la carte de la victimisation. La leçon à tirer de cela est qu’il ne faut jamais exclure une tendance de la vie politique. Il faut savoir jouer avec. Bourguiba aurait pu intégrer le mouvement Ennahda, apparu dans les années 1970, dans le jeu politique et l’administration. En l’excluant, ils (Bourguiba, puis Ben Ali) ont renforcé cette mouvance.

Vous avez parlé des acquis de la révolution matérialisés par la nouvelle Constitution qui a tranché les questions liées au sacré, à la liberté de conscience et au statut de la femme. Mais il reste de nombreux défis, tels que l’emploi des jeunes…
On a réglé le premier défi, à savoir la Constitution. Mais une Constitution ne donne pas à manger. Elle ne règle pas non plus les problèmes de justice sociale, de chômage des jeunes ou de déficit budgétaire. Donc, on a balisé le chemin pour les grandes réformes. La Tunisie a un problème économique très sérieux, un problème de déséquilibre régional et de quasi-ruine des finances publiques. On dit que l’Etat aura de la peine à payer les salaires du mois d’avril et de juin, et qu’il faudra recourir au prêt intérieur auprès  de la Banque centrale de Tunis. Il faut relancer l’économie, relancer le tourisme et la croissance. Il faut surtout remettre les gens au travail et à la discipline, car, après la révolution, les gens sont dans une sorte d’ivresse de la liberté. Relancer l’économie sera le vrai défi du prochain gouvernement.

Donc, vous pensez que la Tunisie n’est pas encore sortie de la période trouble ?
En effet. Je pense qu’aucun Etat ne peut se dire à l’abri de troubles. A plus forte raison un Etat qui sort de la révolution. Les problèmes que j’ai évoqués, notamment celui de l’emploi des jeunes, ne peuvent être résolus d’un coup de baguette magique. Il faudra des années de labeur, de discipline sociale et de sérieux dans la gestion de l’Etat pour les résoudre. Ce qui veut dire qu’on a encore une bonne dizaine d’années à attendre.

Les élections générales se tiendront d’ici la fin de l’année. Quelles sont vos attentes ?
J’espère qu’enfin nous pourrons avoir un gouvernement à qui personne ne pourra reprocher d’être provisoire, car, depuis la révolution, nous n’avons eu que des gouvernements, un président et une Assemblée provisoires. Ces élections nous permettront d’avoir des institutions constitutionnelles durables, légitimes et légales qui pourront travailler sur le réel et s’attaquer aux véritables défis auxquels la Tunisie est confrontée.
Propos recueillis par

Alassane DIAWARA et Seydou KA


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