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Hommage au professeur Alioune Badara Diouf

11 Aoû 2016
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Hommage au professeur Alioune Badara Diouf Professeur Alioune Badara Diouf

Le professeur Alioune Badara Diouf s’est éteint le 4 juillet 2016 à Dakar à l’âge de 91 ans, après une longue et riche carrière de médecin, d’enseignant et de chercheur.

Le Sénégal perd en lui un de ses plus illustres chirurgiens et l’université Cheikh Anta Diop de Dakar un des pères fondateurs de sa Faculté de médecine.

Né en 1925, il épouse un parcours scolaire qui le fit passer par l’illustre Ecole normale William Ponty qui a formé avant les indépendances la plupart des instituteurs, médecins et cadres administratifs d’Afrique de l’Ouest dont de nombreux ministres et chefs d’Etat ou de gouvernements. Il est diplômé de l’Ecole Jules Carde - ancienne Ecole de médecine de l’Aof - en 1949 et intègre la santé publique coloniale comme Médecin Africain pendant une année. Ses premiers postes d’affectation furent Ziguinchor et Kébémer. En 1950, il poursuivit ses études de médecine à Bordeaux puis à Paris et soutient une thèse de doctorat d’Etat le 4 décembre 1957 à la Faculté de médecine de Paris. De retour au Sénégal, il est nommé médecin - chef de la circonscription médicale de Sikasso au Mali. C’était un important centre médical qui disposait d’un poste chirurgical et d’une maternité de quatre-vingt lits. Il y restera pendant trois ans. C’est probablement pendant cette période que se confirme sa vocation chirurgicale avec un penchant marqué pour la chirurgie gynécologique.

Au cours de la décennie précédant les indépendances africaines, le gouvernement colonial procède à d’importantes réformes dans le domaine de l’enseignement de la médecine au Sénégal : ainsi dès 1953, l’Ecole Jules Carde devient l’Ecole de médecine et pharmacie de Dakar qui va délivrer des diplômes d’Etat. Elle dépend de l’Université et du ministère français de l’éducation nationale, elle assure les trois premières années de la formation médicale qui se poursuit par la suite pendant trois ans en France.

Cette Ecole deviendra Faculté de médecine et pharmacie en 1960, la première en Afrique francophone.

L’enseignement y est dispensé par des professeurs français venus pour la plupart de Bordeaux, Paris et Marseille. Commence alors un recrutement sur concours de médecins et de pharmaciens africains originaires de l’ex-Aof qui vont intégrer la Faculté de médecine et travailler sous l’autorité de ces professeurs français.

C’est dans ce cadre qu’en 1961, le professeur Alioune Badara Diouf va intégrer la Chaire de Chirurgie générale en qualité d’assistant - chef de - clinique en même temps que les docteurs Mawupe Vovor du Togo en chirurgie générale, Henri Tossou et René Zinsou du Benin respectivement en urologie et gynécologie, Adolphe Menyé du Cameroun en cancérologie et plus tard Idrissa Pouye en orthopédie. Toute cette équipe est dirigée par le professeur Xavier Serafino.

Monsieur Serafino était un homme à la carrure impressionnante et au fort accent corse – il était originaire de Bonifacio. Il dirigeait d’une main de fer la clinique chirurgicale qui était avec la clinique médicale du doyen Maurice Payet les deux plus grands services hospitaliers de l’hôpital Aristide Le Dantec.

Ce patron était omniprésent et omniscient. Il organisait tout l’enseignement et toutes les activités hospitalières. Il évaluait les connaissances de tout le monde devant tout le monde. Ses fréquentes et régulières irruptions nocturnes au service de garde étaient légendaires, et malheur à l’interne qui aura fermé l’œil pendant la garde ou au chef de clinique qui n’aura pas répondu instantanément à un appel pendant ces gardes.

Le déroulement de la carrière universitaire de ce personnel africain de l’université de Dakar sera étroitement et jalousement surveillé par le président Senghor. C’est le lieu de rappeler que les diplômes délivrés par la Faculté de médecine étaient valables de plein droit en France. Cette validité de plein droit supposait que Dakar se conformât scrupuleusement aux normes en vigueur en France tant pour le nombre de postes que les niveaux et les grades des enseignants.

Le souci constant de la qualité lui fera porter le délai de préparation du concours d’agrégation de deux ans comme en France a quatre ans car, expliquait-il, la concurrence était plus rude en France.

De 1961 à 1972, le professeur Alioune Badara Diouf sera successivement agrégatif, agrégé, maître de conférences agrégé, professeur sans chaire et enfin professeur titulaire de chirurgie générale.

Le 12 novembre 1973, il est élu par ses pairs, chef du Département de Chirurgie et Spécialités chirurgicales.

Le professeur Alioune Badara Diouf a été un acteur de premier plan dans le long processus de mise en place de l’enseignement de la chirurgie viscérale à Dakar. Il a tenu avec brio un rôle délicat pour l’époque car il évoluait au milieu d’autres enseignants africains et français.

Pour avoir fait mes études de médecine et mes années d’internat en chirurgie pendant cette période, de 1961 à 1973, j’ai très tôt eu le privilège de connaître le professeur Alioune Badara Diouf et d’évoluer à ses côtés pendant quinze ans successivement comme externe, puis interne, assistant et jeune agrégé. Il est des maîtres qui m’ont appris la chirurgie, puis - suprême privilège - il me permit, du fait de son départ anticipé à la retraite en 1977, d’être titularisé comme professeur sur le poste qu’il laissait vacant.

Ce témoignage sur l’enseignant, sur le chirurgien et l’homme est donc porté par un élève sur son maître. Je suis d’autant plus enclin à le faire que ce maître-là ne fut pas, loin s’en faut, un mandarin.

L’enseignant aimait et savait communiquer, aidé en cela par un grand talent oratoire. Il s’exprimait avec finesse et clarté. Le morceau de craie surgissait toujours de la poche de son tablier au moment opportun pour dénouer au tableau, un lointain rapport anatomique - c’était un merveilleux dessinateur - le mécanisme d’un symptôme clinique, les conséquences d’une affection chirurgicale. Le grand nombre d’étudiants qui se bousculaient autour de lui lors de ses visites et pendant ses consultations était la meilleure preuve de l’engouement que suscitaient ses enseignements pratiques.

C’est au lit du malade que le clinicien impressionnait le plus par sa grande capacité d’écoute, son sens aigu de l’observation et surtout par la grande confiance qu’il inspirait aux malades. Nous comprimes très vite que ces qualités étaient indispensables à une bonne pratique de la médecine clinique car d’elles dépendait souvent le diagnostic à un moment où les moyens d’investigation d’imagerie et de laboratoire étaient rares ou inexistants.

Le chirurgien était un exemple pour nous. Nous admirions sa maîtrise technique car c’était un opérateur hors pair. Il était capable tout à la fois d’audace et de crainte selon les circonstances ; mais, disait-il, un bon chirurgien ne devait être ni trop téméraire ni trop craintif.

Il s’évertuait à répéter que la maîtrise des techniques opératoires n’était qu’un des éléments du succès opératoire : il n’envisageait l’acte chirurgical qu’après une analyse minutieuse du terrain, de la maladie et de ses conséquences et de l’environnement. Il accordait une attention particulière à la toxicité des anesthésiques, et il nous conseillait toujours de participer activement à la réanimation pré et post opératoire.

Ses qualités d’homme ont été probablement déterminantes dans le respect et l’admiration qu’il inspirait à ses élevés et à ses collègues. Sa modestie et son humilité étaient connues de tous. Il ne laissait rien paraître de ses succès et se faisait comme un devoir d’étaler ses insuccès et d’en analyser les causes.

Jeunes chirurgiens nous étions rassurés de le savoir à proximité et même quand il s’éloignait de l’hôpital nous savions qu’il était prêt à répondre au premier appel au secours.

Ce long compagnonnage m’a permis de déceler ses grandes qualités humaines de discrétion, de générosité et de détachement. Il n’apparaissait que rarement dans les manifestations publiques.

Ces enseignants africains de toutes les disciplines médicales et pharmaceutiques ont fait de la Faculté de médecine un des fleurons de l’université de Dakar. Ils ont contribué à asseoir un enseignement de qualité, à faire connaître en Afrique et hors du continent les pathologies tropicales et les particularités africaines des maladies cosmopolites.

Par Professeur
Papa TOURE

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Last modified on jeudi, 11 août 2016 11:06
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